haustereli
lundi 14 août 2006

Landis et le Tour : la méthode ROBERTA.

C’est bien beau de se moquer des sportifs, mais c’est allé un peu vite en besogne.

Rejeter leurs justifications, par exemple.

Après une légère défaillance, dans l’étape de la Toussuire, Floyd Landis, remporte l’étape de Morzine, en collant 8 minutes aux autres, le tout, dans une échappée solitaire de 150 bornes avec 4 cols au programme, il est déclaré positif à la téstotérone, et donc privé de sa victoire dans l’édition 2006 de la grande Boucle, il affirme ;

« J’ai rien pris, je le jure, j’ai juste bu un ou deux whiskies et trois ou quatre bières, c’est ce qui a fait monter mon taux de testo, déjà fort élevé à la base, parce que j’en ai dans le slip, moi monsieur », tout le monde se gausse, seulement c’est pas très scientifique.

J’ai donc décidé avec 2 scientifiques de mes amis, Ph L et LM, de vérifier ce que nous appellerons désormais, l’hypothèse Landis.

Méthodologie : boire Y la quantité d’alcool indiquée dans l’hypothèse, puis faire mesurer le taux de testostérone, selon la méthode que nous appellerons de Roberta, du nom de la plantureuse jeune brésilienne qui nous assiste au cours de l’expérience.

Temps 0 : A jeun, Roberta pratique une mesure de référence, qui s’avère, à la fois, fort agréable et qui montre chez les 3 cobayes d’excellentes dispositions pour la suite de l’expérience.

Temps1 : Y=1.

Après l’absorption, il faut noter les réflexions de nos expérimentateurs ;

« Le boulot d’un journaliste sportif, c’est de commenter des images, pas de les interpréter ».

(Eurosport, le 9 août 2006).

« J’ai le plaisir de recevoir Lance Armstrong, 7 fois vainqueur de la Grande boucle (au cours de la journée de repos à Gap. Jean René Godard, France2, 17 juillet 2006)

« Lance, il a guéri du cancer, il a gagné 7 fois le tour, il donne de l’espoir aux malades, c’est un peu comme Dieu, et Dieu ne peut pas être contrôlé positif »

(Fr N, là tout de suite).

Roberta se lance dans la mesure, elle ne peut que constater la légère défaillance des 3 participants, qui par rigueur scientifique sont obligés d’imaginer que l’hypothèse Landis peut être, à tout le moins, difficilement vérifiable.

Temps2 : Y=1 soit 2 fois Y sur l’ensemble de l’expérience..

« c’est normal, à la fin du tour, tout le monde veut rentrer à Paris, alors ,il y a quelques coureurs qui s’aident un peu, mais c’est humain » (Heinz Verbruggen, patron de l’UCI, entretien avec Jean René Goddard, Septembre 1997, France 2).

« On vit un tour formidable, il n’y a plus de patron, un vent de fraîcheur s’est levé » (Gerard Holtz, France 2,juillet 2006)

« C’est peut-être la bière ! » (LM)

«  Alors, Dieu est négatif ! Ca c’est du concept !!! » (Ph L).

« Je sais pas, vous, mais, moi, je vais pisser ! » (Fr N)

Roberta, toujours aussi passionnée, nous propose une méthode de mesure, certes, un peu différente, mais qui ne peut , en aucun cas modifier les résultats de l’expérience.

Peine perdue, rien n’y fait, c’est l’échec, l’hypothèse Landis serait-elle de la foutaise ?

Temps3 : Y=1 soit 3 fois Y dans le cornet, burp.

« Le Tour, un jour il faudra m’expliquer pourquoi il n’y a pas de blacks, ni de beurs, dans la course, et le public, pareil ? » (Fr N)

« Si c’est pas la bière, c’est peut-être le whisky ? » (LM).

« Un putain de concept, une putain de migraine » (Ph L)

« Le tour du renouveau » (la presse, sur le tour).

Malheureusement, dans son empressement, au combien sympathique, Roberta,va mettre un terme à l’expérience.

Elle nous propose encore une autre variante, de sa méthode de mesure

Celle-ci n’a aucun effet sur mes 2 amis, mais en découvrant que Roberta s’appelle en réalité Roberto, mon taux de testo dépasse largement le taux mesuré à Temps0.

En conclusion, et même si la méthode peut avoir semblée empirique, l’hypothèse Landis, n’aurait jamais du être tenter d’être vérifiée, mais alors Roberto et moi ne nous serions jamais rencontrés ;

Nous partons en Espagne pour nous marier, le Docteur Fuentes nous fournira notre certificat prénuptial…..

Mais ceci est une autre histoire…..

Posté par le 14 août 2006

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mardi 9 mai 2006

Christophe Chenut

Directeur Général de la SNC L’Equipe.

Information ou Communication.

L’explosion des médias, conjuguée à la starification planétaire dont sont sujets -ou victimes- les grandes stars du sport et du foot en particulier, les grands clubs ou les grandes compétitions, ont brutalement changé la donne de l’information sportive, en basculant vers une logique de communication où se mêlent volonté de maîtrise du discours et de retour sur investissement.

Quelques exemples illustrent cette évolution :

Tout d’abord son retour en Equipe de France de Zinédine Zidane début août 2005. Pas de conférence de presse, juste quelques lignes sur son propre site Internet, une interview exclusive sur un serveur téléphonique au numéro abrégé de son sponsor Orange suivi d’un entretien avec son autre sponsor, télé celui-ci : Canal+. Ensuite et très récemment, l’annonce de sa retraite après le mondial, re-belote en sens inverse, Canal+  et Orange d’abord, une conférence de presse le lendemain… Je note avec plaisir dans ces deux cas le traitement de faveur réservé à l’Equipe et à ses journalistes qui ont obtenu l’exclusivité d’une autre interview dans un timing très proche des partenaires économiques de la star.

Autre exemple, la présentation par les grands clubs européens de leurs nouvelles recrues via leur propre chaîne de télévision comme OLTV et OMTV pour l’hexagone. Là aussi on retrouve les mêmes ingrédients de maîtrise du discours et de retour sur investissement via le média directement et pourquoi pas en plus via la revente des images aux multiples chaînes de TV de la planète sport.

Ultime exemple, le partenariat de Yahoo avec la Fifa pour le Mondial allemand de 2006 qui prévoyait entre autres l’interdiction pure et simple pour tous les autres sites Internet du globe de publier, dans l’heure qui suivait la fin d’un match, des photos de ce même match. Seule la mobilisation planétaire des médias via notamment l’Association Mondiale des Journaux a permis d’éviter cet oukase.

S’il n’est pas étonnant que les émetteurs ou leurs médias partenaires souhaitent d’une façon ou d’une autre récupérer économiquement leur mise sur le business planétaire des médias et de l’information, même si cela crée un mélange de genres parfois étrange, il est plus surprenant de ressentir cette volonté de se protéger de ce qui en vient à être vécu comme une agression des médias par les grands noms du sport, personnes physiques ou personnes morales en utilisant des canaux totalement maîtrisés.

Est-ce lié au sentiment d’une mauvaise retranscription des messages, ou est-ce le refus de cette pression quasiment physique qu’exerce l’armée de caméras, de micros, d’appareils, et des journalistes qui les tendent en toutes occasions.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’il y a 32 ans un seul journaliste français, Thierry Roland, avait couvert le « combat du siècle » Ali-Foreman à Kinshasa, combien seraient-ils aujourd’hui ? De la même façon, rares étaient les journalistes accrédités lors des Jeux Olympiques jusqu’aux années 70, quand on pense qu’il y en avait 21 000 en 2004 à Athènes.

Il est probable que cette (op)pression des médias sur les sportifs et leur environnement a contribué à renforcer leur sentiment d’insécurité, leur besoin de se protéger et de garder la maîtrise de leurs actes et de leurs paroles. Et là aussi je félicite la rédaction de l’Equipe d’avoir réussi à conserver le lien de confiance qui nous permet, en plus de la renommée et de la puissance de notre titre, de continuer de recueillir sans aucun partenariat et bien sûr sans contrepartie financière le meilleur des interviews et informations.

Ce changement d’époque où les sportifs connaissaient intimement les journalistes à celle où ils ne peuvent même plus les reconnaître, me rappelle la blague sur le PSG et le PFC, les deux clubs parisiens qui co-existaient il y a là aussi une trentaine d’années. « Quelle est la différence entre le PSG et le PFC ? Le supporter du PSG connaît tous les joueurs par leur prénom alors qu’au PFC ce sont les joueurs qui connaissent les supporters par leur prénom. »

Force est de reconnaître en tous cas que ces évolutions, liées à l’origine à la recherche de toujours plus d’infos, se fait au final au détriment de l’info de sa pluralité et de ses décryptages, donc au détriment du public. Gageons que tôt ou tard le balancier s’orientera dans l’autre sens.

Posté par le 9 mai 2006
Christophe Chenut
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vendredi 28 avril 2006

Alain Bauer

Criminologue

Président du Conseil d'Orientation de l'Observatoire National de la Délinquance France.

COMPRENDRE LES NOUVELLES MENACES CRIMINELLES.

Le plus souvent, ce qui est nouveau c'est ce qu'on a oublié. En matière criminelle, Conan Doyle fait dire à Sherlock Holmes, notre maître à tous, que ce qui reste, une fois l'impossible supprimé, même si c'est incroyable, doit être la vérité. Mais en matière de terrorisme, ce qui est incroyable était devenu impossible. Si nous continuons à croire que les phénomènes criminels et terroristes doivent fonctionner selon nos modes culturels, alors nous avons déjà perdu la bataille et la guerre. Si nous acceptons de comprendre les mécanismes des mutations du crime, de son hybridation, du gangs-terrorisme, alors nous avons une chance de réussir. Entre ce qu'on sait, ce qu'on croit et ce qu'on cherche, ce qu'on sait est hélas la plus petite partie de l'ensemble.

Depuis 1990 et la chute du mur de Berlin, les frontières et les espaces ont changé. Le crime, comme le terrorisme, ont compris le libéralisme économique et la globalisation. Ce sont désormais des entreprises comme les autres, avec leurs zones de chalandises, leurs promotions, leurs études de marché, leur gestion, plutôt définitive, de la concurrence, leurs politiques d'investissements, leur cadre, leur management.

L'Europe du Crime est déjà faite, Turquie incluse, avec sa maffiyah spécialisée dans le service aux autres groupes criminels. L'Europe de la Police et de la Justice reste à faire. L'Europe des implantations financières off shore est une réalité physique. De l'optimisation fiscale (le joli nom d'évasion) au blanchiment, en passant par le racket, la corruption et la rétro commission, les mêmes tuyaux servent à tout. Seuls les branchements diffèrent. La mondialisation du crime est un fait accompli depuis la réorientation structurelle des narcos colombiens ou mexicains du nord vers le sud, passant désormais par le Brésil pour atteindre l'Espagne, convaincus qu'un marché de 600 millions de consommateurs aux faibles pouvoirs de police était plus intéressant et moins risqué que celui de 300 millions qui leur fait la guerre. Et la liste serait longue.

Quel est donc notre problème : diagnostic, anticipation, décèlement précoce. Quand vous vous rendez chez un médecin pour une éruption cutanée et qu'avant même que vous soyez assis, il vous propose le choix entre crème ou amputation, sans prendre le temps de l'auscultation, vous en changez. Nous sommes submergés par les spécialistes des thérapeutiques. Homéopathie pour les uns, chimie pour d'autres, chirurgie, trithérapies, mais contre quoi ? Sans diagnostic, pas de solution viable, sauf hasard, heureux mais rare. Prenons l'exemple d'Al Qaida. Voici 10 ans que la structure existe. Des dizaines d'ouvrages et de notes paraissent sur son cas. Et pourtant presque tout ce qui se dit est inexact.

- Ce n'est pas son nom.

- Ousama Ben Laden n'est est probablement pas Le chef, mais le porte parole.

- Sa structure n'est pas pyramidale, ni en râteau. Ce serait plutôt une nébuleuse, un groupe franchisé, une mutuelle du crime.

- Les grottes de Tora Bora nous ont été présentées, par de nombreux journaux comme un espace structuré avec sauna, climatisation, quartier général, une sorte de mauvais James Bond. Le chef de l'Empire du Mal, le Darth Vader de l'Islam devait diriger les opérations mondiales depuis un QG up to date. Résultat : Les grottes de Tora Bora sont des grottes. Sans plus.

Les choses ne sont pas comme nous les voulons, mais comme elles sont. Principe de réalité oblige.

Grâce au travail des analystes, non seulement experts, mais aussi policiers, gendarmes, agents des services de renseignements, magistrats, il a été possible de constater les mutations et les évolutions. Certes, un policier qui pense est en général jugé atypique, ce qui est rarement bon pour les carrières. On le savait depuis longtemps, cela s'est confirmé après le 11/09. Mais surtout avant. Autocensure, autisme et préjugés ont fait fi de la somme de renseignements disponibles qui donnaient à peu près tout : lieux, modus operandi, agents d'exécution. Ainsi, parmi les premiers, les juges Bruguière et Ricard ont signalé le changement d'objectifs entre le GIA (le pouvoir) et le GSFPC (le royaume de Dieu par le martyre). Plus de revendications, mais des groupes adhérents à une idéologie, une théologie particulière. Les services Algériens en ont rapidement pris la mesure. Le principe de la ligne Maginot électronique doit absolument donner de la place à l'essentiel, le renseignement humain, l'analyse en profondeur. Quitte à enfin traiter des problèmes importants comme le tiers de confiance en matière de renseignement.

De la même manière, l'entreprise est devenue une cible. Pas ses centres de production, comme toujours, mais son espace de gestion des flux, d'expériences, de valeur sur les marchés. Ce qui a été touché d'abord le 11/09 c'est ce qui permet le mouvement : finances, transport aérien, tourisme, assurance. Les nouvelles menaces ne sont pas les nouvelles à la place des autres, mais les anciennes plus les autres. Le crime organisé est d'ailleurs très satisfait de la réorientation des moyens policiers contre le terrorisme. A équipes égales, ça fait toujours quelques problèmes en moins. Les effets pervers de la lutte contre Al Qaida permettent de signaler quelques curiosités ; ainsi il n'y a jamais eu autant de drogue produite en Afghanistan depuis la « libération » du pays et le crime n'a jamais été aussi florissant en Irak. Une loi économique majeure a même été inversée : la prohibition génère habituellement une baisse de la qualité et augmentation du prix. Nous avons désormais une augmentation de la production, de la qualité et une baisse des prix. Il faut donc se donner le temps et les moyens d'analyser, de restructurer, d'adapter après avoir travaillé sur le diagnostic.

Place donc au diagnostic partagé et au débat nécessaire, hors des postures et des incantations, des imprécations et des lamentations. Ce qui devrait permettre de répondre aux questions posées en démontrant la complexité des solutions face aux simplifications outrancières du moment.

Posté par le 28 avril 2006
Alain Bauer
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vendredi 31 mars 2006

Ilario Calvo

Homme de télévision et Comédien.

EN ITALIE, LA COMMUNICATION EST UNE BERLUSCONNERIE. 

Le 9 avril, qu’on le veuille ou pas, l’Italie sera confrontée au même choix qu’il y a cinq ans : Berlusconi ou pas Berlusconi. Et oui, parce que comme il y a cinq ans, la gauche, à la différence de la droite qui n’a pas honte de ses idées, n’a toujours pas trouvé son candidat, alors on a refait le coup du centriste, et comme ça n’a pas marché la première fois, ça pourrait bien marcher la deuxième (à force d’essayer…) Alors on a mis Prodi face à Berlusconi… parce qu’il a une bonne réputation en Europe certes, mais ce n'est pas en Europe qu’on vote.

Personnellement, en tant qu’homme de gauche, je ne me reconnais en aucun candidat, à vrai dire, je me sens aussi loin de l’un que de l’autre, mais en y réfléchissant bien, je m’aperçois qu’effectivement le professeur Prodi a vraiment travaillé et essayé d’élaborer un programme complet à l’intérieur de cette immense gauche qui va des séquelles les plus inoubliables de la gauche démocrate-chrétienne à la plus grande résistance communiste.

Le voilà le problème du candidat ; au moins à droite, il sont tous de droite, ils sont tous libéraux, famille, pro v (v pour Vatican), anti-pacs, etc. À gauche, on entend plein d’idées différentes provenant de tous les côtés, alors on a besoin d’un fédérateur… comme il y a cinq ans. Sauf qu’il y a cinq ans au moins, il était beau, jeune, dynamique avec un poil de charisme, alors que là… Prodi est un bon fédérateur, de centre, calme, posé, qui respecte les règles, jamais un mot de trop… Chiant quoi, surtout pour les Italiens, il lui manque plus que la soutane et s’il ne devient pas Premier ministre, ils le feront archevêque. De l’autre côté, un monstre de scène, un chef d’entreprise, dynamique, machiavélique, démagogue, mégalo, drôle, avec une grande répartie, gaffeur et surtout qui s’en fout des règles établies…

Voilà nos deux candidats aux élections politiques du 9 avril. Pour rappeler les faits, il faut savoir que ces élections ont bel et bien commencé, il y a six mois, quand le Premier ministre (le candidat de droite) a décidé un jour en se levant qu’il avait envie de changer la loi électorale, juste pour faire chier le monde (on l’a fait en Colombie, en Bolivie. Pourquoi pas en Italie ?), alors on a changé la loi électorale. Puis la campagne a commencé, et alors là, il y a eu toutes les lois par condicio pour éviter qu’il y en ait un qui parle plus que l’autre (les journaux télévisés doivent donner un temps de parole égal à toutes les couleurs, émissions politiques, etc., etc.).

Mais lui, le Premier ministre a trouvé le moyen de contourner la loi, exactement comme il l’avait fait, il y a trente ans avec la loi de télévisions privées en Italie (comme la loi interdisait la diffusion nationale de chaînes privées, il a fait diffuser les mêmes émissions par vingt chaînes régionales). Il a commencé en allant dans une émission sur la Raitre, chaîne historiquement communiste, en portant déjà l’habit de la victime, l’expression de celui qui dit « J’y vais mais on va me faire mal », et il y va, avec son sourire, ses talonnettes, son costume gris et une nouvelle coupe de cheveux. Il arrive sur le plateau, regarde la journaliste, il écoute les questions, mais répond à d’autres, qu’il a décidé lui-même de se poser comme il fait toujours, puis, comme on lui demande de répondre aux vraies questions, il s’en va au beau milieu de l’émission. Eh oui, parce que son grand jeu de la communication est un jeu très simple : celui d’un roi. Un très grand journaliste italien l’a comparé à Charles IX de Valois, roi de France (celui de la nuit de la St Barthélemy), quand il jouait aux cartes, même quand il perdait, à la fin de la partie, il ramassait les gains et il disait « N’oubliez pas que je suis le roi ». Berlusconi fait pareil avec les médias, ce sont ses cartes, il en fait ce qu’il veut, parce que les télés privées sont à lui… et les publics aussi. La semaine dernière, il y avait à Vicenza le Congrès de la Confindustria (ce qui correspond en France au Medef). La veille arrive Prodi, qui a un temps de parole bien défini et qu’il respecte minutieusement, le lendemain le Premier ministre est attendu, mais ne pourra pas venir à cause d’un problème de dos (sûrement les talonnettes, a dit un des travestis les plus connus du pays), à sa place viendra le Ministre de l’Economie et des Finances, qui utilisera son temps de parole. Le Ministre arrive, commence à faire son discours, et au beau milieu de son discours le voilà, comme un roi retournant d’une croisade, comme Jules César avant de proclamer son Alea Jacta Est, il surgit de la foule, celui qu’on croyait mort à cause d’un mal de dos, lui, l’homme qui se battra toujours pour la liberté.

Comme dans un scénario des plus racoleurs, il monte sur le plateau, prend le micro et parle au peuple et dit « Je ne pouvais pas m’empêcher de venir à Vicenza sans passer un petit bonjour à mes collègues entrepreneurs ». A partir de là, il attaque toute la presse italienne (sauf ses journaux), la traite de communiste et l’accuse de donner de fausses informations concernant l’économie italienne, d’affirmer que notre réputation internationale n’a jamais été meilleure surtout parce que lui a été, à un moment, Ministre des Affaires Etrangères. La foule devient dingue, on est passé en trois secondes, d’une réunion de patrons, à un virage de stade un dimanche après-midi. L’ambiance est la même, ça siffle ça crie, une partie de la salle crie en choeur « Berlusconi, Berlusconi »; et lui qui commence à insulter la première rangée, en disant qu’il sont de mèches avec la gauche, sûrement parce qu’ils ont des problèmes avec la justice qu’ils veulent éviter… lui… qui parle de justice et donne des leçons d’éthiques… un vrai festival ! Et quand on lui parle de son mal au dos, il répond « En tant que Ministre de la Santé ad intérim, je me suis déclaré guéri. » On est passé en une demi-heure d’un entrepreneur, au Premier ministre, au Ministre des Affaires Etrangères, pour finir avec le Ministre de la Santé… Tout ça en un seul même homme !

Le soir, tous les JT du pays ne montraient que ça, et Prodi, de sa Bologne natale qu’il n’abandonne jamais, avec son calme de confessionnal, parle très peu, et même s’il parle beaucoup, personne ne s’en apercevra, alors que l’autre ne dit rien, mais tout le monde l’entend. Pour le premier face à face, Prodi a dû prendre des cours pour parler plus vite (Berlusconi à dû prendre des cours pour répondre aux questions et pour laisser parler les autres).

Voilà notre choix du 9 avril. D’un côté, un homme qui essaye de construire une coalition avec des moyens académiques et démodés et d’un autre, un homme sans programme qui ne fait que de la communication, qui raconte tout et n’importe quoi, des fausses colères de bar au beau milieu d’un congrès, etc. un vrai manipulateur de communication qui fait toujours des choses insensées ou l’Italien lambda se dit « J’aurais fait pareil ».

Voilà pourquoi je considère que la communication politique en Italie n’est qu’une grosse Berlusconnerie.

Ilario Calvo, jeudi 30 mars 2006.

Posté par le 31 mars 2006
Ilario Calvo
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jeudi 2 mars 2006

Nathalie Brion

Présidente de Tendances Institut.

Mais qui est donc monsieur tout le monde ?

L’opinion publique apparaît en tant qu’objet social peu avant la révolution française. Elle devient un paramètre de la décision publique et ne cessera dès lors de susciter désirs de compréhension, d’analyse et de contrôle. Les sondages, eux naissent à l’entre-deux guerres et connaissent un succès tout à fait considérable. En effet, ils apportent une réponse immédiatement opératoire au fantasme utopique du décideur politique : l’opinion publique existe et elle est quantifiable, mesurable, cernable, il donc possible de maîtriser et de conduire l’opinion.

La grande force des sondages va donc être de définir un objet -l’opinion publique- comme une réalité s’ancrant la logique positiviste des sociologues alors qu’aucun consensus n’émerge parmi les intellectuels de l’époque sur la définition d’opinion publique, pis encore sur son existence même et de se rattacher à la science, la mathématique, la statistique dotant ainsi leurs approches du pouvoir du chiffre : la quantification et de la mesure.

Désormais, les sondages sont en situation de monopole sur un produit dont on ignore déjà les contours et la réalité : l’opinion. Le viol de la réalité par la rationalité est institutionnalisé. L’opinion publique est ainsi passée en quelques années du statut de croyance socialement fondée, d’idéal politiquement instable et d’objet scientifiquement insaisissable à celui de notion politiquement légitime, scientifiquement et socialement efficace.

Pourtant, dès 1948, les sondages prêtent au questionnement : ils prédisent, trois semaines avant le scrutin, une victoire écrasante de Dewey à la Présidence américaine, c’est pourtant Truman qui l’emportera, précipitant les sondages dans une crise… mais de courte durée : l’idée de la possibilité de circonscrire l’opinion publique est un fantasme trop puissant pour les décideurs de tout poil, on cesse donc vite de s’interroger pour se plonger avec délices dans la liste des espoirs quantifiés des 18/24 ans. Grâce au chiffre naît le sentiment enivrant que l’on sait tout de la société que l’on dirige.

Dans une société de massification homogène, les sondages ont pu remplir leur office en dépit de leurs limites méthodologiques. Mais voilà, depuis quelques années et c’est prégnant depuis 2002, rien ne va plus : Monsieur tout le monde a disparu, Le sondé n’est plus fiable. Et les sondeurs se faisant concurrence parviennent à des résultats de plus en plus ubuesques : le même jour un sondage désigne Ségolène Royal victorieuse sur Nicolas Sarkozy quand un sondage concurrent promet le schéma inverse.

Que s’est-il donc passé ?

Déjà, on assiste à partir de la première guerre en Irak, non pas à la naissance de l’opinion publique, mais à l’émergence de celle-ci et de sa capacité à peser sur les décisions publiques. Si les sondeurs en ont peu pris acte, les citoyens si. Or, toutes les mobilisations de l’opinion, depuis, utilisent les réseaux et sont internationales. Les sondeurs, eux, utilisent le téléphone ou le vis-à-vis et raisonnent à l’échelon national.

Ensuite, les enquêtes des sondeurs (1500 questionnaires en moyenne) produisent leurs résultats sur la base d’études statistiques reposant sur les chiffres de l’INSEE. Ainsi, toutes les enquêtes statistiques reposent sur la nomenclature des métiers et des professions, les CSP, définies par l’Insee en 1947 (certes réactualisés en 1954 puis en 1982). On pourrait arguer que la société française, en dépit de sa lenteur présumée, a quelque peu changé en vingt ans, mais là n’est pas le principal argument. Le présupposé rationaliste veut que l’on puisse définir un individu par son âge, son sexe, sa profession, sa situation géographique. Données objectives imparables certes, mais qui ne disent plus rien aujourd’hui de ces individus dont l’on prétend circonscrire l’opinion. La révolution Internet a atomisé ces considérants et l’explosion du communautarisme illustre ce mouvement : aujourd’hui un individu se définit par ses goûts culturels, sa religion, ses idéaux politiques, sa consommation avant de se définir au regard de son âge, son sexe ou sa profession. Une femme de trente ans, célibataire, active, au revenu de 100 000 euros par an sera traitée de la même façon, alors que son mode de comportement variera profondément selon qu’elle est homosexuelle ou catholique pratiquante, bio ou bobo, qu’elle écoute Lavoine ou Thiéfaine.

Enfin, apparaît un phénomène plus pernicieux encore : le sondé ne répond plus aux questions qu’on lui pose. Pressé de toutes parts pour donner son avis, doutant du devenir qu’on lui promet, de plus en plus suspicieux à l’égard du système, le sondé met en place des stratégies d’évitement. Il ne vit plus les questions qu’on lui pose comme un processus démocratique, mais comme une agression. Il ne répond donc plus -sauf quand on le rémunère, ce que font les sondeurs- et quand il répond, c’est au mieux dans l’immédiateté mais de plus en plus souvent, consciemment, il dit l’inverse de ce qu’il pense : sa façon à lui de dire « merde » à une société qui le sollicite trop et lui répond trop peu.

Pour achever de se convaincre il suffit de se poser la question suivante : ai-je été sondé dernièrement ? Si la réponse est non, faites un petit sondage autour de vous. C’est édifiant !!…

Nathalie Brion, jeudi 2 mars 2006.

Posté par le 2 mars 2006
Nathalie Brion
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lundi 20 février 2006

Javier Santiso

Directeur Adjoint du Centre de Développement de l’OCDE.

Chili : l’économie politique du possible.

Javier_santiso Au cours des derniers mois, en Europe, en Afrique, en Amérique latine, de nombreuses femmes se sont hissées à la tête de leurs démocraties. Après Angela Merkel en Allemagne, en octobre dernier, ou encore Ellen Johnson-Sirleaf au Libéria, en novembre, c’est au tour de Michelle Bachelet d’accéder désormais à la présidence au Chili. La victoire de celle qui fut ministre de la défense du précédent gouvernement était attendue. La grande nouvelle ne réside cependant seulement dans cette ascension fulgurante, une première en Amérique du Sud. Plus remarquable encore est la normalisation démocratique et économique qu’affiche de manière ostentatoire le Chili, ce pays du bout du monde qui fait désormais figure de référence en matière de développement.

Ni les marchés financiers, pas plus que les investisseurs étrangers ou nationaux, ne se sont émus du virage à gauche que symbolise l’arrivée au pouvoir de Bachelet. Certes, comme l’avait déjà démontré son prédécesseur, le social-démocrate Ricardo Lagos, une coalition de centre-gauche pouvait être synonyme de responsabilité fiscale et d’orthodoxie monétaire. De fait, le Chili a continué de jouir d’une cote de crédit « qualité d’investissement », véritable nirvana des marchés émergents décerné par les agences de ratings. Du point de vue économique et financier le pays semble donc désormais par delà le bien et le mal des clivages politiques, à l’instar des pays développés, où les alternances politiques ne provoquent plus de remous ni d’émois financiers.

Le plus remarquable, au-delà de l’élection d’une femme à la présidence du pays, réside dans cette crédibilité internationale croissante, forgée pas à pas, réformes après réformes, par une économie qui a priori ne disposait que de maigres atouts. Enclavée entre la cordillère des Andes et l’océan Pacifique, loin des grands pouls économiques du globe, sans véritable richesse naturelle autre que le cuivre, le Chili ne jouissait ni de la puissance pétrolière vénézuélienne ni de la proximité mexicaine vis-à-vis de la première puissance du globe. Pourtant tous les indicateurs de gouvernance politique et de compétitivité économique surclassent désormais le Chili, loin devant les autres pays de la région. 

En 2005, le produit intérieur brut (PIB) a cru à un rythme comparable à celui de l’année précédente (6,1%), une des meilleures performances de ces sept dernières années. Sous Lagos, la politique monétaire a continué d’être singulièrement orthodoxe et la politique budgétaire guidée par la règle de l’excédent structurel. Cette règle est une première en Amérique latine : elle exige un excédent de 1% du PIB après corrections des effets conjoncturels de l’activité et des prix du cuivre sur les finances publiques. Avec un solde positif record en 2004 (2,2% du PIB), le budget affiche de nouveau un record en 2005 (près de 3%). Cette performance, saluée par l’OCDE dans son dernier et second rapport consacré à l’économie latino-américaine, est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une année électorale. Le Chili montre ainsi qu’il n’y a pas de fatalité du cycle politique : en période d’élection, une démocratie, même latine, n’est pas vouée à sombrer inexorablement dans de récurrents dérapages budgétaires.

On le voit, la grande nouveauté chilienne provient d’un double ancrage. Celui-ci est à la fois endogène, impulsé depuis l’intérieur par une myriade de réformes qui forment désormais un solide socle macroéconomique. Cet ancrage est également exogène, le pari de l’ouverture commerciale et de l’insertion internationale guidant l’ensemble des politiques économiques du pays depuis un quart de siècle. Mais le plus remarquable est le pragmatisme et le gradualisme dont les chiliens ont fait preuve comme on l’a souligné dans un récent ouvrage (Amérique latine : révolutionnaire ; libérale, pragmatique, Paris, Autrement, 2005). Qu’il s’agisse de la réforme des fonds de pensions, introduite en 1981, ou encore des contrôle de capitaux, mis en œuvre dix ans plus tard, en 1991, les autorités ont toujours fait preuve d’imagination et d’innovation en matière de politique économique, s’affranchissant des modèles et des paradigmes, qu’ils soient d’inspiration structuraliste ou néo-libérale.

La grande transformation chilienne réside précisément dans cet affranchissement, dans l’adoption d’une économie politique du possible opérant par touches successives. Ni Bons Révolutionnaires, ni Bons Libéraux, les chiliens se sont attelés à ne pas répliquer et calquer sur leurs réalités des modèles exogènes mais bien à tricoter un incroyable maillage de réformes multipliant les combinaisons pragmatiques. L’ouverture aux échanges internationaux est allé ainsi de pair, lorsque nécessaire, avec la mise en place de contrôle de capitaux, le pari du libre-échange international et du marché avec le maintien sous la houlette de l’Etat d’une partie non négligeable du cuivre, principale richesse du pays. Quant à la privatisation des régimes de retraites il est allé de pair avec la mise en place d’une agence de régulation qui est devenu un véritable joyau de régulation économique.

Au cours des vingt-cinq dernières années, le Chili a enregistré un taux de croissance supérieur en moyenne à 5%. Le pays a démontré qu’il n’y a pas de malédiction latine, qu’un pays d’Amérique du Sud peut croître à une vitesse comparable à celle des pays émergents d’Asie. Avec un taux de croissance de plus de 8% les sept années qui ont suivi le rétablissement de la démocratie en 1990, il a également montré que les démocraties émergentes peuvent jouir de taux de croissance records. Surtout, le Chili a fait preuve de pragmatisme, rejetant tous relents idéologiques en matière économique, évitant de succomber aux tentations de remise à zéro des compteurs, d’armer et de désarmer de nouveaux modèles. Le miracle chilien a été de s’abstraire d’un mirage tenace : celui d’un décalogue ou d’un paradigme unique sensé détenir toutes les clefs du paradis du développement économique.

Lundi 20 février 2006.

Posté par le 20 février 2006
Javier Santiso
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lundi 6 février 2006

Arnaud de Puyfontaine

Président de Emap France, Président de l’APPM.

revolution de papier.

Pour certains, la presse écrite est déjà un vieux média hérité d'un vieux continent. Comme la radio, sa cadette. Comme aussi, déjà, la télévision, passée aujourd'hui au stade industriel. Que nous vaut un tel constat ?

La révolution Internet est passée par là. Pour certains, ce ne fut d'abord qu'une lubie passagère d'informaticien, pour d'autres un fugace eldorado pour investisseurs. Autant de visions partielles et éphémères qui occultent l'avènement d'Internet comme celui, d'abord et avant tout, d'un nouveau média.

Tout notre univers médiatique est désormais dominé par les écrans, l'instantanéité et la gratuité. Tels sont les termes de la nouvelle donne médiatique qui ne cessent d'exercer une influence croissante sur l'ensemble des medias au point d'estomper, voire de rendre caduc les frontières traditionnelles entre eux.

Loin d'être inquiétante, cette approche globale des medias est au contraire salutaire. Elle créée un formidable appel d'air pour engager la nécessaire réforme de la presse écrite confrontée aujourd'hui à une désaffection qui, sans être inéluctable, n'en est pas moins préoccupante. Les causes sont connues de tous : baisse du lectorat et des ressources publicitaires, concurrence d'Internet et des nouveaux medias, crise de la distribution, difficultés croissantes des diffuseurs de presse.

Cette crise relève de causes qui imposent aux medias une réflexion commune pour trouver des solutions qui garantissent le renouveau et la pérennité de la presse écrite.

Plus agiles et plus réactifs, les opérateurs du mobile et de l'Internet ont ouvert la voie et explorent de nouvelles façons d'appréhender la presse. Pour preuve le phénomène éditorial de l'année qui aura été l'apparition de nouveaux magazines inspirés d'émissions télé. Pas moins de 6 nouveaux titres de ce genre auront été lancés cette année avec plus ou moins de bonheur. Internet n'est pas en reste avec le site Netizen qui lance son propre magazine dédié à l'actualité des blogs.

Dans cette imbrication croissante des medias, le fait que la télé et Internet montrent à la presse la voie de son renouveau n'est, en ce sens, pas le moindre des paradoxes.

A son tour, la presse écrite doit leur emboîter le pas et trouver les chemins de sa réinvention. Même si tous les concepts ne sont pas transposables, le haut débit, la technologie 3G offrent aux contenus rédactionnels de la presse magazine autant de nouveaux vecteurs de diffusion. Jeter des ponts vers Internet, le mobile, le numérique, voilà où se trouve l'avenir de la presse écrite.

Un tel tournant suppose un certain volontarisme que les acteurs de la presse tardent à démontrer. Il est vrai que l'organisation et le fonctionnement de la presse ne les ont pas préparés à cette révolution. Pendant trop longtemps, la presse s'est contentée du service minimum à l'égard de ses consommateurs. Il faut aujourd'hui inverser la tendance et remettre le lectorat au cœur de nos préoccupations. Le consommateur attend des medias qu'il sollicite une relation active, un échange personnalisé, une rencontre interactive.

La réforme de l'industrie de la presse dépendra de sa capacité à répondre à ces nouvelles attentes et à jouer la carte de l'interactivité.

Lundi 6 février 2006.

Posté par le 6 février 2006
Arnaud de Puyfontaine
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mercredi 25 janvier 2006

Constance Benqué

Présidente de Largardère Active Publicité.

Le média center, réalité technologique ou sociologique ?

Délinéarisation, mobilité, simultanéité, TV/PC centric, VOD, PVR, Set up box, ego casting, TNT, podcasting… le langage média prend de nouveaux accents sociologiques et technologiques. Bulle de modernité ou reflet de la mutation des comportements ? L’explosion du tout numérique est incontestablement la révolution médiatique la plus importante depuis la libéralisation audiovisuelle dans les années 80. Structurante des attitudes de consommation média, structurante des modèles de distribution des contenus, structurante des schémas publicitaires.

Plus de 70% des 16/20 ans déclarent consommer aujourd’hui plusieurs médias en même temps. Ces mêmes individus passent aussi de plus en plus de temps hors de leur domicile. Près de 8h30 en moyenne par jour, c’est une heure de plus qu’il y a cinq ans. Près de la moitié d’entre eux ont une consommation média qui varie significativement en fonction de leurs opportunités quotidiennes. De plus en plus sélectionnent, au-delà des contenus, leur moment de consommation personnelle.

L’individu en tant que Média Center est une réalité, un Média Center mobile, sélectif et asynchrone. Ces techno-boomers sont dès aujourd’hui le public à conquérir pour les médias car ils représenteront demain la principale source de revenu des grandes marques de consommation.

Les médias historiques face à la fragmentation structurelle des audiences et face à ces nouveaux comportements ont choisi la voie de la démultiplication des canaux de distribution pour garantir les audiences d’un programme avec une stratégie cumulative. Le programme devient une marque ombrelle à décliner en fonction des usages et des médias.

C’est aussi la manière de concevoir un programme sur le support premium qui est bouleversée. S’il fallait retenir un exemple, celui de l’information est assez signifiant. L’accessibilité permanente à l’information par les médias numériques et nomades implique une réflexion sur la production de l’information de demain en télévision, plus conversationnelle, plus relationnelle, moteur d’opinions. La grande messe du 20 h ne serait sinon qu’une énième formulation des multiples stimuli intégrés tout au long de la journée.

Cette réflexion commence à irradier aussi les programmes de fiction. Ainsi toute la chaîne de valeur média est mise à profit de la sitcom télévisée « Sophia’s Diary » du producteur portugais Be Active. Les relais numériques permettent aux téléspectateurs d’enrichir leur connaissance de l’univers de Sophia et d’influer sur le sens de l’histoire par système de votes par téléphone en temps réel.

Les modèles publicitaires doivent aussi s’adapter. L’ère de l’opposition des médias est révolue. C’est vers un médiaplanning d’optimisation des combinaisons médias que réside le succès. Les discours publicitaires doivent s’organiser en tenant compte de la nature des médias et de la hiérarchisation de leur consommation. Les formats créatifs également en conjuguant rationnel et émotionnel et en s’adaptant à la taille des récepteurs.

Reste la mesure de l’audience. Aujourd’hui mono-média et répondant à un système de consommation linéaire, le salut de la rentabilité des actions passe par une vision single source des consommations médias plurielles.

Mercredi 25 janvier 2006.

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Constance Benqué
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samedi 14 janvier 2006

Denis Olivennes

Président de la FNAC.

La politique du pire (to peer).

Dans la nuit du 21 décembre dernier, une trentaine de députés français ont voté un amendement légalisant l'échange gratuit de fichiers musicaux ou cinématographiques sur les logiciels de Peer-to-Peer, moyennant le versement par les utilisateurs d'une redevance mensuelle forfaitaire symbolique (de l'ordre de 6 euros par mois) dite "licence globale".

Cette disposition, si elle devait s'appliquer, distinguerait la France parmi les nations. La plupart d'entre elles, et alors même qu'elles n'ont pas toujours une cinématographie ou une musique nationales aussi fortes que la nôtre, essaient, au contraire, de dissuader le téléchargement sauvage et de favoriser l'utilisation de sites payants afin de préserver la rémunération des auteurs, interprètes et producteurs.

Car quel serait l'effet de la légalisation du P2P ? Un transfert massif de la consommation payante physique (CD) ou virtuelle (téléchargement légal) vers l'échange gratuit. Et un effondrement, par là même, de la rémunération des artistes, et des producteurs qui les développent et les font connaître. Selon les études des sociétés d'auteur, cela se traduirait par une division par 10 à 20 des revenus de la filière musicale ! Les 6 euros par mois versés par ceux des internautes qui accepteraient de payer seront loin de compenser cela. Et comment répartir cette somme entre les mille maisons de production françaises, et les dizaines de milliers d'artistes ?

En réalité, ce serait la fin de "l'exception culturelle française" et de la diversité musicale, ne survivant à cette catastrophe que quelques grandes majors internationales et quelques stars mondiales.

Dans un pays qui, précisément, a inventé l'exception culturelle, et, deux siècles avant, le droit d'auteur lui-même, comment le Parlement a-t-il pu décider semblable mesure ?

Il y entre sans doute une foi naïve dans le progrès. Il nous a fallu du temps pour comprendre que les précédentes révolutions technologiques, aussi merveilleuses et utiles soient-elles, pouvaient aussi détruire notre environnement naturel si nous ne les disciplinions pas. De même, Internet peut détruire notre environnement culturel si nous ne le domestiquons pas. Ce n'est pas rétrograde ou réactionnaire de dire cela. Bien au contraire. La défense de l'éco-système contre les agressions de la technique est moderne ; la défense de "l'ego-système" contre les agressions des nouvelles technologies de l'information et de la communication est, lui aussi, civilisé.

Le vote des parlementaires traduit également un rapport ingénu avec la liberté et l'individualisme contemporain. Il est interdit d'interdire ! Sous prétexte que sont nos ados qui téléchargent sauvagement, il serait brutal de les en dissuader. Libres enfants du numérique ! Pourtant les psychanalystes ou les sociologues nous le disent assez : malheur à une société dont les adultes n'oseront plus dire ce qui est bien et ce qui est mal. Expliquer à nos chères têtes blondes (ou brunes) que consommer un disque sans rémunérer celui qui l'a écrit, chanté et produit, c'est du vol, est-ce si difficile, franchement ? Est-ce si difficile de leur dire qu'après tout, ils paient bien pour un MacDo, une paire de Nike ou un Ipod ! Que ne leur apprenons-nous la valeur des choses, en particulier quand elles sont aussi essentielles que la culture ?

Parallèlement, cela révèle aussi l'influence sur les esprits d'une certaine idéologie du marché. Car les grands vainqueurs de tout cela, ce sont les opérateurs de télécommunication, les fournisseurs d'accès Internet, les fabricants de logiciels de P2P. Les verrous de "l'exception culturelle" sautent, les réglementations de ces oeuvres de l'esprit qui permettent qu'elles ne soient pas traitées comme de pures marchandises s'effondrent, pour le plus grand bonheur des marchands de bande passante !

C'est cette sainte alliance des rêveurs libertaires et des marchands de gigaoctets, communiant dans le culte aveugle du progrès technique, qu'il faut défaire. Oui à la liberté Internet, mais dans le respect des créateurs. Oui au développement des télécommunication, mais en protégeant la culture. Ce message là me paraît autrement plus moderne que l'autre, même s'il suppose beaucoup plus d'imagination pour inventer les nouvelles régulations à l'heure du digital. Beau programme pour notre pays qui fut toujours pionnier en ce domaine : "France mère des arts, des armes et des lois". Plutôt que d'être les pionniers de la politique du pire (to peer), réinventons l'exception culturelle à l'heure du numérique.

Lundi 16 janvier 2006.

Posté par le 14 janvier 2006
Denis Olivennes
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