lundi 16 janvier 2006

Sur la société, l’histoire, et la figure d’intellectuel en publicité

BBH. Bartle Bogle Hegarty bien sûr, mais dans mes divagations, je pense souvent à une agence qui s'appelerait Bergson Bachelard et Habermas. Derrière la plaisanterie de cette refondation, connaître les textes de Bergson sur l’intuition, ce mode de connaissance immédiat, les travaux de Bachelard sur la particularité de l’imagination créatrice croisant raison et intuition, ainsi que l’homme communicationnel d’Habermas, permet tout autant de couvrir tout le champ de la communication. « Intello, midi à 14 h, idéologique » un jour je suis devenu totalement indifférent à tout ce que je pouvais entendre sur mon supposé rapport au métier de publicitaire.

Sans me gêner, cela me faisait tout de même poser quelques questions. Jusqu’à ce que j’en vienne à me dire, que bien loin de me juger, ceux qui employaient ces termes disaient surtout tant de choses sur eux mêmes.

De quelques mots : la publicité est dans le champ social. Dans un monde où les médias digitaux prennent toute la place, la publicité est présente, très présente. Elle diffuse des mots, des images, véhicule des concepts, prône pour ses marques des valeurs, promeut des comportements. Les enfants découvrent bien des choses à travers elle. Bien souvent, elle est la seule expression du consumérisme. La publicité est donc dans le débat social. En philosophie, sans être pédant, on appelle cela l’espace public et le bien public. Dès lors cela donne deux obligations : a) Etre le meilleur possible pour la faire, donc maîtriser ce qui fait que sa conception est à cheval sur deux domaines, les sciences humaines et les sciences économiques ; b) Etre le plus mur possible pour accompagner son insertion sociale et éviter ce qui la fera rejeter.

Dans ce cadre, je suis obligé de constater que plus on se comporte comme un intellectuel en publicité, mieux on la fait et la défend. Ce métier, tellement important dans la chaîne de l’économie, ne pourrait-il éviter cette maladie française qui fait que chaque milieu frappe d’ostracisme social, tous ceux qui pensent ? Les Français sont dans leurs champs, ils maîtrisent cela, tout ce qui est réflexif les énerve. On finit avec de la co-sanguinité, alors que seuls ceux qui croisent les champs font évoluer les disciplines.

Freud fut un médecin psychosociologue, Karl Popper un physicien qui a pu penser la scientificité de la science car il fut philosophe, Keynes a inventé une économie parce qu’il a fait de la science politique, Jean Vilar a inventé un nouveau théatre populaire car il fut un idéologue et un metteur en scène. Plus un publicitaire est structuré mentalement, plus il est fort, précis, dense. Plus il croise avec d’autres sciences humaines, plus il invente. Son exigence devient source de qualité. Quelques exemples très simples : à l’époque où les sondages posent question, connaître Pythagore, savoir que pour lui le nombre est le principe essentiel des choses et que les chiffres représentent l’essence du monde, c’est fondamental. Savoir en même temps, que Parménide quelques années plus tard fera la part entre deux voies, celle de l’être, et celle de la Doxa, l’opinion. Une sorte de non-pensée, imparfaite par essence et confuse.  Cela transfigure notre aptitude à débattre, et convaincre sur les études quantitatives. Aristote avec La théorie des 4 causes, invente le plan de travail créatif. Quand un chef de publicité fait peu la différence entre Reason-Why et Reason to Believe, La Cause Matérielle et la Cause Efficiente, nous donnent la meilleure leçon de marketing, et oui engager un élève de Normale Sup, vaut mieux qu’engager un MBA.

De même, quand on veut analyser la globalisation et comprendre la différence entre le succès de McDonald et les difficultés de Oil of Olaz, l’analyse des colonisations et des décalages temporels explique tout. Quand Napoléon attaque la Prusse c’est un conquérant et non un colonisateur, donc un acte d’égal à égal comme Oil of Olaz contre L’Oréal. Lorsque les Espagnols écrasent de manière foudroyante les Incas, c’est de la colonisation, donc McDonald, qui ne lutte pas contre un bastion, mais contre une culture.

Alors oui, je n’ai pas envie de m’excuser d’aimer l’histoire, la philosophie, car c’est aussi pour cela que nous gagnons des compétitions et que nos clients nous aiment.

Ensuite, il y a la défense d’un métier et les prises de positions pour le défendre. Et cela, comme c’est souvent le cas depuis trois ans, seul, ou du moins très en avance sur les sujets. Là encore, la figure de l’intellectuel aide. Elle a deux moments fondateurs forts. Le premier, pour l’école d’Alexandrie et Plotin, l’intellect c’est la plus haute émanation de l’Un, de l’Être. Il désigne le monde intelligible. Le second, l’affaire Dreyfus, les intellectuels vont prendre un virage français, qui va perdurer jusqu’à aujourd’hui, la prise de position pour défendre les causes justes.

Rendre le monde intelligible, et défendre ce qui est juste quelles que soient les conditions des rapports de force, ce qui relativise la position de minoritaire, qui dans le monde des idées n’existe pas, car se compter n’est pas le sujet. Alors oui, quand on est fait ainsi on sent avant les autres les dangers qui flottent sur une profession. Et on intervient alors que d’autres vous regardent incrédules, mais vous avez les leçons de l’histoire, vous savez alors qu’ils ne savent pas, et vous ne leur en voulez pas. Il faut juste tenir, être une balise et attendre que les maturations se fassent.

Mais il y a une chose plus grave. Si notre métier est dans le champ public, pourquoi ces levées de bouclier quand quelqu’un parle ? L’indifférence ou le désaccord devraient être les seules réponses sensées. Cet énervement est insensé. La réponse est difficile. C’est parce que les praticiens de la communication ne sont pas fiers de leur métier. Ils sont fiers de leur création, c’est très différent. On défend ce qui a une valeur. La non mobilisation des publicitaires sur tout sujet, montre le manque de valeur perçue, et le niveau anecdotique dans lequel ils le confinent. Et défendre une création c’est comme lorsque les marques croient se défendre en disant c’est bon. Cela vend le Low Cost.

Se recroqueviller sur nos micro totems, Archive, Shots, Club des AD, c’est ne pas voir le monde qui nous entoure, vouloir se confisquer un métier sur les seules bases que l’on maîtrise. Nous sommes seuls pour défendre notre valeur. La société française repousse culturellement et génétiquement le commerce. Nous en sommes la sève. Les élites se nourrissent d’une forte culture publiphobe, sait-on seulement ce qu’ils pensent ? Je vous cite Gilles Deleuze et Félix Guattari sur nous (Qu’est-ce que la philosophie/les éditons de minuit): « D’épreuve en épreuve, la philosophie affronterait des rivaux de plus en plus insolents, de plus en plus calamiteux, que Platon lui-même n’aurait pas imaginés dans ses moments les plus comiques. Enfin le fond de la honte fut atteint quand l’informatique, le design, la publicité, toutes les disciplines de la communication s’emparèrent du mot concept lui-même et dirent : c’est notre affaire, c’est nous les créatifs, nous sommes les concepteurs ! ».

Ensuite en cascade, l’intelligencia est gagnée par la logique. Deleuze et Guattari sont « contre-attaquables », la publicité structure l’espace public, elle rend palpable bien des choses virtuelles,…. On ne répond pas par des campagnes. Alors oui, des intellectuels en publicité vite, des philosophes de supermarchés sûrement, mais après tout, depuis que les philosophes pour classes de terminales ont eu le Prix Nobel…

Philippe Lentschener

Lundi 16 janvier 2006.

Posté par le 16 janvier 2006
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[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 8:29 POMMIER Hervé a dit :

C'est la première fois,pour moi, qu'un patron de pub revendique, avec autant de conviction, le besoin de culture et de réflexion pour exercer son métier.
Un discours que nous tenons constamment envers nos étudiants et qui rencontre de moins en moins d'enthousiasme. Ce matin je vous citerai:"Se recroqueviller sur nos micro totems, Archive, Shots, Club des AD, c’est ne pas voir le monde qui nous entoure, vouloir se confisquer un métier sur les seules bases que l’on maîtrise." et les renverrai sur votre blog que je viens juste de découvrir et qui me donne envie de réagir. Cordialement. Hervé

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 9:07 Yan Claeyssen a dit :

Merci pour cet éloge de l'intérêt de la philosophie au coeur même de la praxis publicitaire ! Ancien étudiant de philo et maintenant.... directeur associé d'une agence de marketing services, je partage votre constat et vos souhaits. Une question pourtant : seriez-vous un nouveau Gorgias ???
Très cordialement. Yan

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 9:22 imposture a dit :

Bienvenue dans la blogosphère !!!
Je vais suivre…

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 9:49 Grégory CASPER a dit :

Bravo!

Oui je dis bravo parce que je suis jeune, passionné par la communication et la publicité, conscient des enjeux futurs de toute la sphère de la communication et que je retrouve dans ta pensée une chose fondamentale que beaucoup de nos collègues publicitaires évacuent: La publicité est une science humaine! Et à ce titre elle se doit de véhiculer quelque chose de plus.

car finalement à quoi sert la publicité?

A vendre ! diront en cœur tous les publicitaire du moment. Oui bien sur, c’est vrai. Mais vendre c’est quoi ? C’est infléchir la volonté d’un consommateur pour lui faire choisir un produit plutôt qu’un autre tout en lui laissant son libre arbitre. Si la publicité est réellement capable de cela (ce qui est objectivement le cas), pourquoi nous en servons-nous pour vendre des yahourts ?

Aujourd’hui, tout comme pour le cerveau, nous nous servons de 10% du pouvoir de la publicité. Vendre toujours plus de choses, dans cette atmosphère anti capitaliste, dans cette ambiance de croissance finie dans un monde fini, et d’anti-pub, c’est tout simplement tuer la publicité et je m’étonne que ni les uns ni les autres ne le comprennent ou ne l’admettent.

Soyons franc. Qui a envie d’avoir un 4 par 3 devant chez lui ? qui regarde encore les pub à la TV ? Personne et même pas les publicitaires. La pub est arrivé à son maximum, la manière dont on l’a fait et ce à quoi elle sert est révolue. La technique elle-même précipite la mort de la publicité telle qu’on la vit aujourd’hui. Aux Etats Unis, le magnétoscope numérique (très bientôt produit-star en France) a tué l’investissement publicitaire notamment l’achat d’espace. Imaginez, grâce à cette petite merveille vous pouvez zapper la pub en direct ! Soyons sérieux qui va s’en empêcher ? Personne, même pas les 30% de publiphiles français et certainement pas les 75% de français qui n’en ont rien à faire (sondage réalisé par l’agence Australie l’hiver dernier).
On se retrouve donc aujourd’hui sur un Titanic publicitaire que personne ne veut stopper.

Vendre des choses sera toujours possible, sera toujours utile pour le capitalisme, et donc pour la consommation. Mais pas la manière dont on le fait. Si on aime la publicité on ne peut se satisfaire de ce qu’elle devient. Comme toujours l’avenir nous vient des Etats-Unis. Si les gens zappent la pub, c’est parce qu’ils le peuvent. C’est ce constat simple qui donne ces lettres de noblesse au placement produit. La télé, le cinéma, et même les émissions d’entertainment foisonnent de produits de marque. Des exemples ? Jennifer Garner ne se sert que de Nokia dans la série Alias, James Bond conduit une BMW, une ASTON MARTIN ou encore une JAGUAR. PUMA est omniprésent dans les premières scène de The Island de Michal Bay. Et sur ce marché de la grande conso, en terme d’efficacité, la pub a déjà perdu le combat. Alors la publicité ne servirait pas à vendre ? Non, à part si elle veut mourir (jeune).

Alors à quoi peut-t-elle servir ? A changer les comportement justement, mais pas les achats, plutôt les attitudes, les présupposés, les a priori. Pourquoi ? parce que la publicité n’est rien d’autre que de la communication, et comme toute bonne communication, elle ne vit que parce qu’elle véhicule un message. On n’appelle pas quelqu’un si on n’a rien à lui dire. Communiquer, c’est avant tout dire quelque chose, et c’est bien ce quelque chose qui doit rester central. Dommage que les soit disant « penseur pubart » créatif privilégie la forme au fond (ils devaient assurer leurs 2 points de présentation à l’école en soulignant en rouge…) Franchement c’est dommage : dire « acheter mon produit c’est le meilleur » n’a aucun intérêt, surtout quand c’est pas vrai.
En revanche dire « changeons » pour qu’il y est moins de morts sur les routes ça c’est utile. Si les publicitaires comprenaient que seul le message compte la pub ne serait pas si souvent décriée. En effet, je doute qu’il y ait beaucoup d’anti pub contre la campagne de RSF (Reporter Sans Frontière) ou celle de la Sécurité Routière ou encore celle de AIDES…

Si chacun se préoccupe réellement de ce message, les marques auraient un vrai intérêt à consulter les agences, celles ci leur permettraient d’avoir de vraies valeurs, de développer leur personnalité et d’objectivement différencier WATERMAN de REYNOLDS ou NETT de TAMPAX. Ce faisant toutes les créa devraient se faire au travers de ce prisme étalon : l’importance de ce qu’on dit. AXE c’est une marque de déodorant et de gel douche, tout le monde la connaît, et tout le monde lui accole l’image machiste sur laquelle toute sa communication repose. Voilà donc une marque qui gagne de l’argent en capitalisant sur une non-évolution des mentalités, voire un esprit réac, et ce genre de communication ne devraient plus pouvoir voir le jour ou même être récompensée lors des différents festivals.

C'est fort de cette conviction que j'ai voulu devenir publicitaire (concepteur-rédacteur), mais nous sommes trop peu nombreux à penser notre métier.

Alors merci et bravo.

Grégory CASPER


[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 9:50 JM a dit :

Voilà une position qui risque de s'attirer l'indifférence de nos homologues "patrons d'agence" dont la posture les contraint à vouloir créer un moule " a éxecuter" des idées, qui ne passeraient pas la premiére question de bon sens qu'on saurait leur infliger... Je lis avec bonheur cette volonté d'intelligence mais regrette avec effroi le peu d'interlocuteurs à qui la vendre.
Ce blog prouve oh combien tu as choisi d'incarner ce métier dans ses dimensions les plus passionnantes, les plus riches et les plus à même de le faire progresser...ce qui sera, enfin, un bénéfice tangible pour notre société.
Merci.

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 10:06 Esnos Cyril a dit :

Bravo pour cette initiative et bienvenue au club des publicitaires bloggers.
http://goon.over-blog.com

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 10:38 Genevois Eric a dit :

C'est très stimulant d'entendre cette envie de réhabiliter la parole intellectuelle et la vibration de sens dans le monde de l'économie !

Dans votre initiative, je vois la possibilité de secouer la torpeur ambiante, le rétrécissement du discours idéologique à un pragmatisme borné et le culte de l'action pour l'action. Vous allez forcément vous heurter au ricanement de certains patrons d'agence, publicitaires et clients cyniques ou analphabètes mais je me doute que c'est le cadet de vos soucis.

Une question cependant : vos sources, vos références, vos auteurs et citations tournant autour (je schématise) des grands classiques de la culture humaniste européenne et des courants d'idées des années 60/70, de l'école de Francfort à la philosophie française, ne ratez-vous pas là l'occasion d'aller piocher des inspirations dans la pensée contemporaine, prospective et mondiale ?

En d'autres termes, l'histoire et le recul d'accord, mais comment élaborer le futur ?

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 12:10 Nenelle a dit :

Tout ceci est très intéressant et je pense que c'est un truc essentiel pour faire devenir un bon publicitaire. La culture générale est l’une des meilleures armes que l’on puisse avoir pour atteindre nombre d’objectif. Il faut bien sûr s’intéresser à tout en dehors du cadre du travail. Mais le problème c’est que le boulot représente dans notre univers 8h et souvent d’une journée. Ce que j’aimerai ce serait pour que je puisse m’aérer l’esprit, lire un peu, échanger avec des collègues sur des sujets comme ceux que vous mentionnez ; mais pendant mes heures de boulots. Le problème c’est que dans les agences (je me permets de faire une généralité, c’est un peu trivial car je suis junior dans le métier. Ce sentiment vient néant de plusieurs discussion que j’ai pu avoir avec des gens du métier) personnes n’a jamais le temps. Les chefs de publicité, de projets, sont toujours pressés par le temps, par des impératifs de productivité. On sort généralement d’une journée crevé avec une envie de s’aérer l’esprit, de faire une pause. Hors la culture dont vous parlez s’acquiert avec le temps. Les études sont là pour ça, ok, mais la culture se travail tous les jours. Normalement une entreprise doit consacrer une certaine part de son budget à la formation, pourquoi ne pas consacrer du temps (et donc de l’argent) à cultiver ce dont vous parler.
Les chefs de pubs ou chefs de projets sont toujours dans l'urgence, le speed, avec une logique de rentabilité, de productivité qui les enclave de façon aberrante dans leur cadre de mission. S’ils blogs, vont sur des forums, lisent des magazines, etc. dans leur temps de travail, ils se retrouvent avec 1h, 2h qu’ils ne peuvent pas déclarer sur leur feuille de temps. Si jamais ils jouent franc jeu, on leur dit que ce n’est pas souhaitable qu’ils fassent cela et qu’ils travail pour le compte de leur client. Hors comment répartir 1 à 2h de « culture général » sur des clients, alors que les sujets étudiés ne les concernent pas directement.
Il serait bon que les patrons donnent un peu de temps pour faire cela, on appelle cela de la veille, des échanges d'expériences, des discussions sur des sujets connexes (comme ceux que vous mentionnez), etc. A chaque fois que l'on demande si l'on peut faire ça, il a toujours quelque chose de plus urgent à faire, un client à satisfaire (normal c'est notre boulot). Au final ce genre de mode ne penser ne peut s'installer car nous n'avons pas le temps, on ne nous en donne pas.
Car c’est vrai que le ROI ne sera pas calculable directement mais il devrait l’être sur le moyen/long terme. Mais le problème c’est qu’à notre époque il n’y a que le court terme qui compte, le reste est trop abstrait.

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 12:57 Huguenel Esther a dit :

Votre article (et votre blog en général) est très intéressant.

Connaissez-vous l'ouvrage de Dominique Quessada, "L'Esclavemaître - L'achèvement de la philosophie dans le discours publicitaire" (Éditions Verticales, 2002) ? Certaines de vos remarques m'y font penser.
Dans cet ouvrage, l’auteur fait un parallélisme audacieux entre philosophie et publicité (la seconde étant selon lui l’achèvement de la première). La publicité aurait ainsi la même finalité que la philosophie : donner la voie du Beau, du Bien. La publicité proposerait, concrètement, de mener au Bien à travers les biens.

Issue d'une double formation Master Marketing & Stratégies de Marque et Magistère de Communication au CELSA (grande école rattachée à l'Université Paris IV-Sorbonne), je ne peux que partager votre conception du métier comme indéfectiblement lié aux sciences humaines.

Cordialement,

Esther HUGUENEL


PS : je me permets de vous faire part de l'adresse de mon blog marketing : http://blogmarketing.blogspirit.com

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 14:11 Sibaudis a dit :

Juste pour apporter une petite précision théorique : je pense que monsieur Lentschener ne fait pas référence à l'Ecole de Francfort, derrière les chefs de fil Benjamin (1892-1940), Marcuse (1898-1978), Horkeimer (1895-1978), Adorno (1903-1969)... Tout d'abord, comme vous pouvez le voir, cette Ecole date plus des années 50 et est tout à fait négative envers les médias et notamment la publicité, dans le sens que la culture de masse dont elle est le symbole, aliène l'individu et l'instrumentalise, selon eux. Cette théorie marxisante est aujourd'hui plus ou moins obsolète, remis en question par l'Ecole qui lui succédera des Cultural Studies (derrière Hoggart, Hall, Leavis). Elle n'est cependant pas dépourvue d'intérêt quand on entend dans les hautes sphères (TF1), que "leur métier consiste à rendre du cerveau humain disponible pour Coca Cola".

Je suis cependant rééllement fascinée et passionnée par la publicité, et bien que contrairement à Monsieur Casper, je ne renie pas le rôle économique pour lequel elle a été créée, je suis d'accord avec lui pour qu'elle serve aussi de "nobles causes", qui contribue à la légitimer. D'un autre côté, en accédant à la publicité, ces causes, justement, se vulgarisent, se banalisent aux yeux de la population. Mais faut-il pour éviter cela les taire? Et dans ce cas là, le remède peut être alors pire que le mal.

"Intellectualiser la publicité", je suis tout à fait d'accord, car pour moi, ce sont des oeuvres d'art, bien qu'elles aient un but commercial, au même titre que les court-métrages. Profiter d'avoir la parole pour faire changer les comportements, susciter le rire ou la réflexion, je pense que cela devrait être l'objectif de toute publicité. Son essence même.

Il ne faut cependant pas perdre de vue le but premier (vendre un produit)et je pense que les annonceurs, d'eux mêmes, sont sensibles à cette tendance. Ils communiquent de plus en plus de manière institutionnelle, nous sensibilisent (nous "consommateur-citoyen")à la protection de l'environnement, ou encore au commerce équitable... Je ne me prononce pas quant à la démarche "gratuite" de cette tendance, cependant...mais elle existe.

Ne soyons pas trop utopistes, comme, je pense, l'est Habermas. La publicité ne peut pas être trop moralisatrice. Bien sûr, elle a de l'influence. Mais elle ne changera pas le monde.
Lorsque je vois que dans les violences présentes dans la publicité, le BVP lui-même ne comptabilise pas l'usage abusif et injustifié du corps de la femme, il me semble qu'il y a encore du chemin à faire.

Dominique Wolton notamment participe aussi au débat, et je ne doute pas que ce chercheur au CNRS aide à développer la pensée contemporaine,bien sûr, mais aussi prospective et mondiale qu'évoque Monsieur Genevois, bien que ce ne soit qu'un simple Français...

Là est la richesse de la publicité: elle est transversale, riche, et complexe. Je sens les frémissements qui traversent cette profession à laquelle j'aimerais tant appartenir... C'est fantastique d'accepter de se remettre en cause. Bonne continuation! J'ai hâte de voir les évolutions à venir.
Et vive Jean Baudrillard!


[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 18:37 I have a dream... a dit :

1) BBH (Bachelard, Bergson, Habermas) ne devrait pas, monsieur Lentschener, être dans votre bouche une simple plaisanterie. Et si vous y songiez vraiment ? OSER, voici le maître-mot !(souvenez-vous :"I have a dream that one day...")

2) Audacieux le parallèle entre l'invasion de la Prusse par Napoléon et oil of olaz ! (permettez-moi de ne pas trouver cela très à propos)

3) c'est bien les publicitaires-intello mais franchement, combien êtes vous? 2 ? Vous + A. Rebiscoul ?

4) Monsieur Casper, pardon, mais je ne crois pas que quiconque puisse "infléchir ma vonlonté" (sic) et certainement pas un publicitaire. Et puisqu'on parle philo par ici, que faites vous de la notion centrale de "liberté"?

Pour conclure : mais enfin chers bloggeurs publicitaires, pourquoi vous obstinez-vous à défendre -à justifier- votre métier ? Si vous en êtes si fiers, levez la tête et n'en parlons plus !

[+/-]  Le 19 janvier 2006 - 19:52 julien/Dominique a dit :

Philippe, continue.

Détruire la comédie, tel est le seul destin de l'homme libre.
Alors dans ce tout petit monde, si recroquevillé et si peureux, le blog est l'instrument rêvé

A très vite

DJ

[+/-]  Le 20 janvier 2006 - 12:17 Nenelle a dit :

" I have a dream...",

J'aime beaucoup votre conclusion. Parce que nous sommes publicitaires, nous n'avons pas le droit d'avoir de blog où l'on s'interroge sur la profession, où l'on donne son point de vue. Par contre les autres ont le droit... Tout ça pourquoi ? Parce que nous sommes des gros méchants tout ça... mon dieu que c'est réducteur. Pour finir, je pense que nous sommes fier de notre métier et que c'est parce que nous l'aimons que nous nous posons des questions sur notre métier.

[+/-]  Le 20 janvier 2006 - 18:20 I have a dream... a dit :

Attention nenelle je n'ai rien contre les publicitaires... je me demande juste pourquoi ils ont tant besoin de se justifier.
Cela dit, oui, je pense que vous êtes d'ardents petits soldats du capitalisme. Mais vous n'êtes pas les seuls ! Donc, y'a pas de mal. Cessez simplement de le nier !
Loin de moi l'idée de vous empêcher de vous exprimer... surtout lorsque les références culturelles sont aussi riches que dans la note de Philippe Lentschener. ça nous change de "Bravo le veau", "Andros, c'est bon la vie", "il est fou afflelou" ou je ne sais quel slogan vide de sens.

[+/-]  Le 20 janvier 2006 - 19:35 Mathilde a dit :

Cher Philippe,

Je découvre ton inédite et courageuse initiative.

A quand BBH pour de vrai ?

[+/-]  Le 21 janvier 2006 - 13:23 Antoine Rebiscoul a dit :

Message pour "I have a dream" - [email protected]

Bonjour,

j'ai essayé, sans succès de vous envoyer ce mail. Puisquevous semblez être un lecteur assidu du blog de Philippe, j'espère pouvoir vous toucher ainsi !

---------

Mais, puisque vous me connaissez (réf. le blog de Philippe Lentschener), je serais bien intéressé à l'idée de discuter un peu avec vous ?!

Le dénomination même de votre adresse mail me laisse penser que les cheminements croisés de certaines biographies et de la philosophie ne vous sont pas étrangers; alors, n'étant pour ma part ni vraiment un intellectuel (car je ne parle "de" nulle part, même si sans doute je cause beaucoup trop, bien souvent), ni vraiment publicitaire (je ne connais que peu ce milieu professionnel, bien qu'il m'intéresse beaucoup, par ses multiples contradictions intrinsèques, souvent fructueuses, porteuses de quelque chose - contradictions dont je suis d'ailleurs, à ma petite échelle, une minuscule illustration) je serais bien intéressé par quelques éclairages de votre part, votre commentaire laissant à penser une certaine prescience de la sociologie du monde des productions de rêves marchands.

Bien à vous, contactez moi,

Antoine Rebiscoul
[email protected]
www.thegoodwillco.com

[+/-]  Le 21 janvier 2006 - 14:03 Mathtieu L a dit :

J'aime beaucoup votre blog. Etudiant dans une "grande école" de commerce et aussi en philo. à la fac, je trouve que les liens que vous faites entre finance, publicité, philosophie sont particulièrement stimulants et sonnent juste : vous voyez bien où sont les points de rencontre ! J'ai été très impressionné surtout par l'article du Monde "L'association entre métiers du chiffre et métiers du sens paraît inévitable" (signé avec F. Herzog et A. Rebiscoul). C'est un texte à la fois complexe et lumineux. Mais trop court ! Allez-vous développer ces idées quelque part ?

[+/-]  Le 23 janvier 2006 - 13:27 Philippe a dit :

L'accessoirisation dans les RP... Cet hiver le blog-ceinture! Quelle est la cible?

[+/-]  Le 27 janvier 2006 - 17:54 Bidou a dit :

Faut-il être forcément de l'élite intellectuelle pour s'adresser aux masses (j’ai du mal à y croire en voyant les créations qui sortent des agences…)? Faut-il avoir des parents qui ont fait le « Celsa Sorbonne » ou « Sup de Co 16ème arrondissement » pour comprendre ceux qui regardent Julie Lescaut? Le désintéressement des français pour la politique peut-il faire réfléchir les « élites publicitaires »? Ce blog n’est-il pas tout simplement le reflet d’une frustration de ne plus avoir les moyens d’embaucher les meilleurs ? La principale qualité d’un publicitaire doit-elle être de connaître la biographie de Napoléon par cœur… ou l’empathie et la capacité à se projeter « dans » sa cible? Doit-on faire de la philosophie ou du chiffre d’affaires ? Faut-il obligatoirement commencer une présentation de campagne pour un yaourt par une citation de Platon? Faut-il toujours rédiger un « Ideas Brief » de 27 pages pour un spot de 8 secondes? La simplicité ne rend-t-elle pas les idées plus fortes? Les jeunes, autrefois Publivores des années 80, s’intéressent-t-ils encore au contenu du message ou simplement à l’événement de communication?

[+/-]  Le 30 janvier 2006 - 10:45 Hannah a dit :

Vous savez Bidou, je pense que ça ne peut pas faire de mal de commencer un brief par une citation de Platon. ça tire tout le monde vers le haut, ça force à réfléchir. Car c'est précisément le contenu du message (au premier niveau de lecture comme au second) qui importe. Un spot de huit secondes qui dit "cette voiture est belle pour vous et solide pour les autres" mérite qu'on y consacre 27 pages, je vous assure. Parce qu'il y en a des choses à en dire sur une aberration pareille ! J'ai plein d'autres exemples, et en particulier un qui parlera à Philippe L. "Si tu veux pas que ta mère t'exploses, exploses pas ton forfait" mérite que l'on en cause un peu pour que le client ne saute pas au plafond. 27 pages c'est bien peu même me semble-t-il.

Sinon, je me demande bien ce qu Platon en aurait dit de ce blog.
Un truc comme ça certainemant : "Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités ou que ceux que l'on appelle aujourd'hui rois et souverains ne seront pas vraiment philosophes, il n'y aura de cesse aux maux de la cité"

Alors, laissons philosopher Philippe... il ne s'en sort pas si mal...