lundi 22 mai 2006

Sur la banalité du mal et la transparence du bien, ici et maintenant

Rome et Paris sont des musées à ciel ouvert, sans même se livrer à la visite du Louvre ou de St Pierre, juste lever les yeux, est déjà source d’images à accumuler. De la même façon, la vie quotidienne dans la banalité des décisions prises et des actes de chacun, connu ou inconnu, donne tant à penser, de Raymond Domenech à votre voisin.

La nouvelle aura surpris tout le monde, sauf les lecteurs de ce blog. Comme une merveilleuse surprise, le post de Christophe Chenut disait tout avec 10 jours d’avance ! Et il a bêtement osé, Raymond Domenech aura donc livré ses impressions à son opérateur téléphonique en exclusivité et non aux Français lors de la traditionnelle conférence de presse qui donnait la liste des 23.

Cela est inqualifiable. Inqualifiable que ce soit fait sur ordre de la fédération ou de son propre fait, car il ne s’agit pas d’un homme privé qui à le droit de faire ce qu’il veut de sa parole et de ses gestes. Il ne s’agit pas d’un artiste dont les faits et gestes ne regardent que lui. Il s’agit du sélectionneur national, nommé par la Fédération Française de Football, qui agit sur délégation du Ministère de la Jeunesse et des Sports, et qui gère de l’argent public, le mien et le vôtre. On voit bien là la faiblesse de la base morale et mentale des êtres. Pour faire un tel geste, il faut donc être à ce point aveugle et inconscient de ce que l’on est et représente. La charge publique ne représente plus rien. Cyniquement, on est détenteur et porteur de cela pour soi, à ses fins. C’est du vol. Sa charge est une propriété collective, il prend et ne rend pas, c’est insensé.

On voit bien combien la liaison avec les sciences humaines qui est donc ce qui nous lie ici, est utile une fois de plus. Je ne vais pas vous reparler d’Hannah Arendt, elle a parlé de la banalité du mal dans un autre cadre tellement plus dramatique, mais les fondements sont parallèles. Petites choses après petites choses, faute de cadrage philosophique et phénoménologique fort, les dérives ne nous étonnent plus. Le mal est banal, le bien transparent alors qu’il est source aussi de richesse. La semaine prochaine s’ouvre donc le plus beau rassemblement d’art contemporain à Bâle en Suisse. Antoine Rébiscoul me rappelait cette anecdote si délicieuse sur la ville. En 1950, Picasso était en train de devenir incontournable, mais n’était pas encore le monument qu’il deviendra vingt ans plus tard. La ville décide de lui consacrer un investissement et d’acheter une de ses œuvres. Dans cette folie référendumienne Suisse que l’on aime à railler, on demande l’avis des habitants. A 99% les citoyens se révèlent enthousiastes. Picasso en sera tellement retourné qu’il offrira 100 œuvres à la ville.

Voilà, une ville et des expositions ce ne sont pas que du ciblage pour se développer économiquement. Une politique culturelle cela fait corps ou pas avec une ville, comme… une marque ferait corps avec son produit et ses discours !? On ne prend pas une ville culturellement à la hussarde comme Jean Bousquet souhaitait le faire à Nîmes, paix à l’âme d’André Labarrère que les élèves du Lycée Carnot aimaient tant quand il nous y donnait cours, mais dont le projet vient de se voir déclaré non finançable par la ville.

Par contre, Clearstream est commentée et vue, jugée par les médias non transparente, et non banale. Cette affaire est peut-être importante en terme microcosmique, mais elle est minable en terme sociologique, et historique, et économique. Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il sera inflexible sur sa résolution. Que signifie ce monde où on se déclare inflexible sur un sujet dérisoire ? Quelle image est donnée quand on met toute son intransigeance sur un sujet mineur et que des gens aimeraient qu’elle soit mise ailleurs. Quand l’opposition demande une démission sur ce sujet, mais pas sur d’autres qui ont tant d’importance économique et sociale. L’incurie est fatigante, car on veut tant aimer la politique, elle est si capitale mais pas comme cela.

Arnaud Lagardère veut le Racing Club de France. Dans l'indifférence totale Bertrand Delanoë s'apprète à rendre à son ami le fruit de son engagement. Une honte. On va privatiser le sport associatif. Le Racing Club de France fait vivre grace à la Croix Catelan des sections sportives. J'ai été président de la section rugby. Des jeunes de cités défavorisées viennent porter un costume et être vertébrés et intégrés grace au sport. S'il avait fallu faire la Croix Catelan aujourd'hui, c'est 40M€ qu'il aurait fallu débourser. Là on lui donnerait le site pour 2M€. Par le système des commandites par action, il ne possède que 4% de Lagardère, que sepassera t il si le groupe est racheté par un étranger qui trouve fou d'êtree dans le sport. Et que penser de cette attitude face au tennis français, et cette fédération pillée? Si cette dernière digue du sport associatif cède, tout le sport sera à l'argent d'une manière obscène.

Des gestes sont anodins, ils sont des gestes de tous les jours, de geste en geste, on ne voit pas la beauté, on ne capitalise pas sur des Bâle, on s’habitue à des Raymond Domenech. Tous pourris ? Non, mais par manque d’éducation on n’aide pas les gens dans leur jugement. Tant pis ? Oui peut- être, mais vous connaissez l’effet papillon de Gleick ? Une théorie scientifique qui exprime le fait qu’une petite vague au Japon peut devenir un raz de marée dans un autre continent. En 2007, nous voterons. Si Bayrou, de Villiers, Sarkozy, Boutin, voire Dupont Aignant sont candidats, avec l’éparpillement des voix, Le Pen peut être au second tour. S’il fait 19 %, ce serait 31 % que devraient se répartir les autres. A gauche, une candidature unique radicale, peut envoyer au second tour José Bové ou sa sœur. On fait quoi alors ?

Vite la sixième République, vite la refondation de nos systèmes, vite les sciences humaines avec des cœfficients supérieurs aux mathématiques à l’école, ou alors qu'on enseigne les mathématiques comme elles l’étaient en Grèce, l’aboutissement de la pensée, et Thalès ou Pythagore seront autre chose qu’une formule, l'un méritant plus d'être reconnu par son rapport à l'esentiel, à la nature et à l'eau, l'autre ayant inventé la notion de philososphie, et d'autres concepts comme celui du cosmos. Vite.

Par Philippe Lentschener, lundi 22 mai 2006.

Posté par le 22 mai 2006
Société
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[+/-]  Le 22 mai 2006 - 13:51 CHEPSELE a dit :

tres bien ,je vais regarder votre theme

[+/-]  Le 23 mai 2006 - 11:59 Antoine Rebiscoul a dit :

Je donne quelques précisions aux honorables lecteurs du blog de Philippe concernant une approximation historique dont je suis responsable : c'est en 1967 que les citoyens de Bâle, lors d'une "votation" exceptionnelle, réalisèrent l'acquisition de deux oeuvres de Picasso destinées au Musée des beaux-arts. Le résultat fut la quasi-unanimité; ... en 1967 ! Touché et étonné par ce geste et surtout par ce résultat, le maître fit don à la ville de quatre toiles supplémentaires. Cette anecdote en dit long en effet sur le haut degré de civilisation de Bâle, où l'architecture et la création contemporaine ont depuis trouvé un creuset merveilleux.