jeudi 11 mai 2006

Sur le Freudisme, modèle économique de la publicité (à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du docteur Freud)

En quelques mots, Freud est bien sûr fondamental, mais pas forcément là où on l’attend et là où on conçoit son œuvre. Je ne suis sincèrement pas intéressé à l’idée de me demander si la publicité travaille sur le conscient et la raison, ou si elle accède aux secrets des désirs. Pour moi, Freud est essentiel parce que c’est un médecin-philosophe, et si la publicité est une pratique qui ouvre un dialogue avec la psychanalyse, ce serait non pas par ses techniques, qui sont souvent un ersatz de Freudisme, mais par la question de leur passage dans le monde économique.

Numriser0006Freud est un philosophe. Il l’est parce qu’il a inscrit la question du lien du corps et de l’âme dans son œuvr e, et qu’il s’est attaqué à leur liaison. Il ne diffère en rien de Descartes, Spinoza ou Leibniz en cela, c’est la question philosophique fondamentale depuis que métaphysique et théologie cherchent à définir leurs périmètres respectifs : dépasser cette coupure ontologique ou pas, ce débat entre pensée et matière est au coeur des interrogations philosophiques et va irriguer tout le XVIIème siècle. C’est en s’inscrivant dans cette question que Freud a inventé des concepts, et non pas en cherchant à améliorer les pratiques médicales.

Le ça, le sujet, le surmoi, ne sont pas des concepts médicaux ou psychologiques, mais des concepts philosophiques. Le monde de Freud n’est ni normatif, ni descriptif, mais interprétatif, c’est la science des interprétations, appelée aussi herméneutique. Or, il y a toujours comme un point obscur, un point de fuite dans une grande philosophie. Chez Kant cet indicible c’est la politique, c’est la question de l’organisation des relations entre sujets qui ne sont ni essentiellement connaissants ni essentiellement moraux. Chez Spinoza, c’est la question du manque, de l’absence, de la négation. Chez Hegel, c’est la question de la singularité de l’individu face au monde.

Ce point obscur du freudisme, n’est-ce pas la question de l’échange des signes, des symboles, des désirs ; la question en somme de leur monétarisation et de leur réalité économique ?

Ce qui intéressant, c’est de se demander si donner une portée concrète à des significations, les mêler aux échanges matériels, faire varier la présence et l’emprise d’univers symboliques dans l’esprit des gens en même temps que dans leur consommation, ce n’est pas réaliser économiquement le freudisme.

La question économique va d’ailleurs s’en trouver résolue de façon radicale. Comment rémunère-t-on le psychanalyste ? Il se rémunère en occultant la question de l’argent, en disant que c’est un don que l’on se ferait à soi-même. Nos partenaires sont des clients, pas des patients, ceci limite probablement la translation.

Par Philippe Lentschener.

CB News du 9 mai 2006.

Posté par le 11 mai 2006

Lire les commentaires > Commentaires : 7

> Poster un commentaire

[+/-]  Le 11 mai 2006 - 22:56 Xo a dit :

L'indicible kantien, ce ne serait pas plutôt le noumène ?

[+/-]  Le 12 mai 2006 - 15:57 david francois a dit :

on ressent tres fort votre cote askhenaze,

[+/-]  Le 16 mai 2006 - 13:01 grégory CASPER a dit :

Encore une belle preuve de l'intérêt de ce blog: le freudisme comme modèle économique de la publicité.
Ca change, ça innove, ca bouge, ça dérange, ça ouvre des horizons!

[+/-]  Le 16 mai 2006 - 16:08 Frederic faillet a dit :

felicitations pour votre prestation sur lci ce matin

[+/-]  Le 19 mai 2006 - 11:18 sandrine bourgelle a dit :

on ne vous a pas entendu ce matin a la radio ,ou etiez vous.

[+/-]  Le 20 mai 2006 - 6:55 Dalida a dit :

Je vous trouve beau!

[+/-]  Le 20 mai 2006 - 19:52 Marc a dit :

"réaliser économiquement le freudisme" ... Vous en avez de bonnes :)

que la publicité soit un avatar de l'inconscient collectif, sans doute. Mais il est bien rare qu'elle fasse sens - autrement dit, qu'elle transgresse.

Cordialement