mardi 6 juin 2006

Sur une semaine folle et tant de tournants. L’été sera chaud

L’époque est étonnante et la notion de temps n’existe plus, du moins prise en tant que série d’événements qui graduellement construisent une perception au fil des évolutions. Les ruptures sont brutales et les bases changent sans prévenir. Les mondes sont précaires car ils basculent en un instant. Pour Sacharias chez Vinci, Marie-Antoinette à Cannes, Ségolène cette semaine, soudain demain c’est aujourd’hui.

Sacharias avait gagné, son directeur général sera limogé. Une lettre est publiée, 8 pages et un vote plus loin, il est parti. Avec 250 M€ de stocks certes, mais parti. Que de leçons à tirer ! Entre les share holders et les stake holders, s’étaient sont donc invités les patrons. Ils ont capté sur leur nom et leur image la survaleur de l’entreprise. Ils ont mis à mal tout un système qui marche sur la tête. C’est une peinture sociologique pathétique. Les patrons sont rémunérés selon les directives des comités de rémunération. Ces comités sont l’émanation des conseils d’administration co-sanguins. Ces gens vivent entre eux, lisent des sujets sur eux dans les journaux et une bulle se crée où la peoplisation des patrons s’effectue. Ce ne sont plus les 20 000 employés d’une entreprise qui symbolisent la réussite de l’entreprise, mais le patron qui l’incarne. En l’incarnant, il fait un rapt sur la survaleur de l’entreprise. En célébrant ses victoires, il s’octroie autant de prébendes. Et on oublie tout. Qu’un bon patron c’est paradoxalement celui qui peut partir du jour au lendemain sans que rien ne bouge. C’est donc la preuve qu’il n’est pas seul. On oublie que le salaire est censé rémunérer des victoires à venir, alors pourquoi ces primes et ces bonus quand on réussit ASF ? On n’était pas payé pour cela ? On oublie que cette rémunération n’a plus rien à voir avec le marché ou la compétitivité.

Quand Edouard Michelin meurt, rien ne bouge, l’entreprise continue, Un patron modèle est parti. Le cours de l’action ne bouge pas. Quand Sacharias part, un patron soit disant star puisqu’il était tant payé, le cours bouge, plus 4% ! Mais il était si bon puisqu’il avait à lui seul 25% des stocks des patrons du CAC ! Pourquoi alors le titre ne baisserait-il pas ? Le système est à bout. Le seul modèle qui vaille est bien celui où les stake holders dominent. Là l’entreprise est comprise, elle pénètre le tissu social, est plus transparente dans son objet et seul un type d’homme peut la diriger. Pas un avide, un mégalo, un maniaque cupide. Toyota est l’exemple type d’entreprise où domine le stake Holding. Donc, d’après Laurence Parisot le conseil d’administration est passé et plus rien ne sera comme avant ? Ok…

Ségolène va envoyer les enfants qui se tiennent mal à l’armée et les parents qui démissionnent seront privés d’allocations. On ne veut même plus commenter de telles bêtises. Quand on rentre tard du travail, que l’on vit le décalage culturel né de l’immigration pour les parents et d’une éducation française pour les enfants, croisée de l’échec du système scolaire, quelle communication est possible ? Sur quelles bases ? Un beau sondage sort en ce Lundi de Pentecôte, pour lutter contre l’insécurité on fait confiance à Nicolas Sarkozy à 52% et à Ségolène Royal à 29%. On ne gagne jamais à chausser les bottes du leader.

Dans le var, à la fête de la rose dimanche dernier, elle m’apparaît mal à l’aise. Ce qu’elle a déclenché semble trop grand et trop fort pour elle. A la tribune elle semble rentrée en elle. Les médias c’est bien, mais là, face aux gens qui souffrent socialement, il faut répondre à la demande sociale et à l’aspiration créée. Dans l’Express on lui prête l’idée de constituer un gouvernement dans lequel ne siègeront aucun de ceux qui ont été ministres. Elle annonce une charge au bazooka contre les 35 heures, tout en semblant les soutenir bien sûr. Elle va tenter de dynamiter tout ce qui fut fait entre 1997 et 2002. C’est son va-tout. Lasse de s’entendre dire qu’elle est la marionnette du projet et qu’elle ne pense pas, elle y va, prend tous les risques. Elle va frénétiquement contourner son parti et essayer de le prendre par l’opinion. Si elle y arrive, dans quel état sera ce dernier qui se sera laissé conquérir ainsi ? On connaît mon pari, elle va exploser en route si elle passe l’investiture, et elle risque de la passer, mais que de gâchis et quel exemple d’une politique basée sur de l’ambition uniquement et aucune volonté politique, ni vision à défendre.

François Hollande est à juger sévèrement. Il a eu pour lui ce que peu ont eu, la durée. En ce sens, son bilan doit donc être comparé à celui de ceux qui ont duré, François Mitterrand et Lionel Jospin. Son bilan, c’est sa seule qualité, diviser pour pouvoir régner et apparaître sur les décombres. La rupture sera rude pour lui aussi. Vous avez vu comme on s’embête loin des sciences humaines ? Le café du commerce quoi, donc on y retourne. Il va falloir que ces gens acceptent une quatrième révolution fondatrice et que les hommes de pouvoir acceptent cette nouvelle blessure narcissique. La première, c’est la Copernicienne. La terre n’est pas le centre de l’univers, mais une planète du système. Tout ne tourne pas autour de nous, non. La seconde c’est la Darwiniste. Il descend de l’animal est donc sa continuité. Un animal plus intelligent, juste cela, la station debout ainsi que le langage permettent cette supériorité. L’homme n’est pas l’être suprême supérieur aux autres par essence. Il l’est par évolution. La troisième, la révolution Freudienne. Ce n’est pas qu’un être de raison qui dirige tout de son conscient. C’est son inconscient qui le dirige et sa vie ne sera qu’un chemin pour le comprendre et le maîtriser du mieux possible.  L’homme n’est pas un être qui se maîtrise et contrôle tout. Voici la quatrième révolution. L’homme politique doit accepter un quatrième renoncement. La vie ne s’organise pas autour de son ambition. Il (elle) doit consacrer sa vie au collectif et à la République. Si en chemin cela se double d’une vision tant mieux, et s’il (elle) est choisi pour la porter, tant mieux. Mais l’homme politique construira sa vie autour de la cité, et ne cherchera pas à construire la cité autour de lui. L’envie de régner ne sera pas son viatique, car son dévouement au peuple sera sa volonté première, son impératif catégorique écrirait Kant.

Allez, pas si loin de Ségo, le tapage cannois autour de Marie-Antoinette. Un parfum va bientôt sortir ou sort, des biographies qui sont des ouvrages à succès s’arrachent dans les librairies, icône féministe, icône gay, victime expiatoire, tout y passe. Le jury va résister car il est heureusement international et non franco- français. La guerre d’Irlande, des soldats indigènes, des prix d’interprétation collectifs, c’est une réponse formidable d’un Cannes qui se réconcilie avec ses détracteurs en montrant de la conscience sociale et tant d’intelligence.

Une dernière rupture pour rigoler, la Banque de Chine se privatise. Rien de bien important ce n’est jamais que la route qu’emprunte tout capitalisme. Ce qui est intéressant ce serait de comprendre qui, nominalement sera au centre de cela pour savoir si dans un pays non-démocratique, l’économie doit obligatoirement accoucher d’une oligarchie ou pas. On sait maintenant que c’est le cas de la Russie. Singapour y échappe. Mais c’est un plus petit pays. Et là un sujet intéressant serait à creuser : les modèles vertueux peuvent-ils s’appliquer à des gros pays ? Si nous vantons le service public de l’emploi des scandinaves n’est-ce pas parce que ce sont des pays de 6-8 millions d’habitants ? Singapour échapperait au mal parce qu’il est petit ? Cette question m’intéresse, car elle montrerait peut-être les limites des transpositions des modèles et du modèle scandinave, en France par exemple.

Par Philippe Lentschener, le mardi 6 juin 2006.

Posté par le 6 juin 2006
Société
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[+/-]  Le 6 juin 2006 - 12:49 poinel stephanie a dit :

pourrais je vous envoyer un cv ,je suis blonde et tres jolie,90c de tour de poitrine ?

[+/-]  Le 6 juin 2006 - 12:49 poinel stephanie a dit :

pourrais je vous envoyer un cv ,je suis blonde et tres jolie,90c de tour de poitrine ?

[+/-]  Le 8 juin 2006 - 16:28 jacques jourdain a dit :

cher monsieur lentschener permettez moi de vous feliciter sur votre prestation ce matin sur i tele ,je suis un de vos voisin a suresnes

[+/-]  Le 15 juin 2006 - 17:58 de Villers a dit :

Cher Monsieur,
en effet, la question que vous vous posez à la fin de votre blog est à creuser ( et a déjà été défrichée par les penseurs politiques, à commencer par Rousseau) : que ce soit dans le Projet de constitution pour la Corse ou dans ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, Rousseau remarque que les pays sont d'autant mieux gouvernés et "vertueux" comme vous dites qu'il n'y a pas de trop grande distance entre "le corps qui gouverne et le corps qui est gouverné". Or, la remise en cause des modèles économiques et sociaux, particulièrement en Europe, vient de ce que la distance entre gouvernants et gouvernés s'accroît et n'est pas comblée par les corps intermédiaires. On pourrait aussi se demander si la gouvernance de l'entreprise ne souffre pas d'une telle distance et de la dispersion d'un intérêt commun favorisée par la logique de réseaux entre individus connectés et créatifs ( voir les travaux de Boltanski) qui succède à une logique hiérarchique qui pouvait plus facilement fabriquer une logique de l'honneur et de la reconnaissance.

[+/-]  Le 19 juin 2006 - 12:10 isabelle marion a dit :

cher monsieur lentschener,je me suis ballade sur le forum joe la pompe , tres chic la reputation de christophe coffre ,vous devriez mieux tenir vos hommes