lundi 17 juillet 2006

Sur le fait que « a working class hero is something to be »

John Lennon chantait : « a working class hero is something to be », il y a vingt cinq ans. Sorties des cités, les vedettes sont des icônes, sorties de la classe ouvrière ce sont des héros. C’est intéressant. Voici Franck Ribery.

Le working class hero avait disparu du paysage français. Il m’a donné un coup de nostalgie qui m’a ébranlé. Mon père en chantait les chansons, nourri aux buttes de Ménilmontant ou de la pelouse de Reuilly.
Ce que véhicule le working class hero est fort. Il est sain, aime les vertus du pavé.
Il reconnaît le sens du travail, aime le groupe, et croit en la justice sociale. Il a un rapport ambigu et gouailleur à l’autorité.
Il se reconnaît en tant que classe sociale et croit aux rapports de force.
Il sait que les patrons existent. Il peut basculer dans la révolution, mais uniquement lorsque le dialogue social ne fonctionne plus et souvent par convulsion.
Il ne fait pas 1848 ou la commune de Paris pour le plaisir, et d’ailleurs 1871 le prouve, il a du mal à gagner dans ce cadre.

En mars 1871, dans des circonstances impossibles sur 485 000 électeurs inscrits à Paris, 229 000 électeurs de la commune de Paris votent.
Il leur suffit de mettre la main sur l’or de la banque de France et d’attaquer Versailles, mais… ce sera le mur des fédérés.
Le working class hero apprécie le produit fini qui est le fruit d’un labeur, d’une histoire, il en connaît le prix de la sueur.
Surtout, il en maîtrise la culture car de père en fils on va à l’usine ou bien on se transmet la compétence artisanale.
Que maîtrise-t-on aujourd’hui des produits faits en Chine ?
Il aime la simplicité, il a la fascination de Jean Gabin pour les yeux de Michèle Morgan, Maurice Chevalier pense qu’ « avoir un bon copain c’est la meilleure chose au monde », il est vecteur d’exemplarité et d’espoir.
La mystique du working class hero, c’est aussi la guerre du rail la résistance à l’ennemi.

Franck Ribery est arrivé. Le processus de son ascension compte plus que ce qu’il est à l’arrivée, c’est fondamental. Il est humble et sympathique, il a un sens de la hiérarchie.
Lorsqu’il obtient en match de préparation un penalty pour l’Equipe de France, ses copains lui demandent de le tirer.
Ils rient, ont un grand sourire, sont dans un spectacle, sont dans leur époque, dans un show, savent qu’il y a des caméras, ils sont démonstratifs, les gestes doigts tendus ressemblent à un clip.
Le symbole les intéresse, lui offrir son premier but. Franck Ribery leur répond un « non » gentil mais ferme, avec une phrase fondamentale, « c’est à vous de gérer ça, sûrement pas à moi ».
Chaque chose en son temps.
Le philosophe Jacques Bouveresse, ce mois-ci dans Philosophie Magazine, « On a l’impression qu’il n’y aura bientôt plus que les attardés et les naïfs pour se considérer comme tenu de respecter les règles.
Quand vous êtes d’origine modeste et qu’on vous a enseigné à respecter scrupuleusement les règles, être confronté à la malhonnêteté des privilèges est choquant ».
Il cite aussi Karl Krauss le polémiste viennois du début du siècle dernier, « l’impuissance lamentable des honnêtes gens face aux gens culottés ».
Si les hiérarchies sont là, elles doivent servir. Il apprend, son tour d’être chef viendra.
La différence est énorme, et plus Franck Ribery va grandir, plus l’herméneutique va être fascinante. Il ne s’agit pas de juger mais de constater.
Les Henry, Anelka viennent des cités et de l’immigration. Ce sont des icônes, des supports de publicité.
Leurs aventures amoureuses sont suivies par les magazines.
Sans vouloir leur manquer de respect, ou de considération, quelles valeurs d’exemplarité aura véhiculé leur réussite, quelle amélioration en aurons-nous tiré ?

Après dix ans d’observation que reste-t-il ? L’accès à l’argent ? Et surtout, mis à part Lilian Thuram, que défendent-ils ?
Ils ne sont pas en cause personnellement, ce qui est en cause c’est le discours Black-Blanc-Beur de 1998.
Un leurre dangereux qui a permis de s’affranchir du questionnement en profondeur de ce qu’était l’intégration.
Cette idéologie qui veut qu’il n’y ait pas à prendre en compte des inégalités sociologiques par de l’affirmative action, la république vertueuse s’y emploiera.
Voyez ces symboles forts, ils sont autant de preuves. La république est immédiatement réalisée, sont égalitarisme formel trouve un écho rassurant dans l’écume médiatique.
La télé-réalité qui a travaillé sur les cerveaux en inventant un autre espace public, dont le fruit est l’icône, détachée de son processus, a enfoncé le clou.
L’icône en tant que résultat. La vérité sociologique a repris le pas sur la vérité des apparences.

Et Zidane me dira-t-on ?
C’est un entre deux. Pour qui connaît Marseille, La Castellane c’est plus Ménilmontant que Montfermeil.
L’intégration à la ville est réelle, c’est Marseille. Le clivage est social, oui, mais souvenons-nous que lors des émeutes de l’année dernière, les voitures n’ont pas flambé à Marseille.
Zidane qui, rappelons-le, a dû faire face à une guerre des clans larvée en 2002, le clan d’Arsenal contre le sien, Zidane, qui a couvé Franck Ribery et a parlé de lui, comme jamais il n’avait parlé de quelqu’un d’autre.

Je crois que ce que véhicule Franck Ribery est porteur d’autres choses. Il n’est pas qu’un résultat lui, il est également un processus. Ce n’est pas une icône sans périodes de transition.

Le working class hero est-il l’avenir de nos impasses ? Les médias sont hésitants sur le traitement de sa personnalité, il semble difficile de trouver le ton juste, preuve d’un autre champ sémantique.
L’avenir de Franck Ribery porte drapeau va être à suivre.
Quel jeu social jouera-t-il ?
Quelles valeurs seront revendiquées, il se peut qu’il soit même un révélateur de contradictions positif pour la France « blanche », dans sa foi religieuse.
Il est parti pour être un héros de Boulogne-sur-Mer, issu du quartier du chemin vert (dans la circonscription de Jack Lang !) paradoxalement le restera-t-il à Trappes ?

Philippe Lentschener, le lundi 17 juillet 2006.

Posté par le 17 juillet 2006
Société
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[+/-]  Le 17 juillet 2006 - 22:39 Christian Fruyer a dit :

Bravo, c'est drole ces choses simples auquelles on ne pensait pas et qui tt d'un coup devienne si vraie et profondes.
Je suis animateur en banlieue, c'est difficile de faire plus que du jour apres jour, je pense qu'ils sont porteurs de bcp de choses, il faudrait juste qu'un philosophe leur consacre du temps pour tehoriser ce dont ils sont porteurs, mais en ont ils l'envie?

[+/-]  Le 17 juillet 2006 - 23:21 un ami a dit :

Anti-social tu perds ton sang- froid?

[+/-]  Le 18 juillet 2006 - 14:44 Gregory CASPER a dit :

Oui Philippe, je suis d'accord avec vous. Ribéry représente un nouveau modèle pour la simple raison qu'il n'est pas animé par le sentiment de revanche. Il sort de sa condition (acceptée) presque "par hasard".

Les black, blancs, beurs de 98, issues des citée, s'épuisaient au foot pour se donner les moyens de s'extraire de leurs conditions qui ne leur convenaient pas. Aujourd'hui, le foot est devenu un tremplin social, au même titre (voire plus efficace) que les études.

une fois repérée, ils deviennent ce qu'ils ont toujours voulu être, des stars. Ils accèdent à la notoriété. Rien à voir avec Franck Ribéry qui a vu la notoriété lui tomber dessus comme un carton rouge sur un joueur.

Les joueurs de 98, avaient la volonté de devenir "exceptionnels" (au sens premier de "faire exception") afin de prouver aux autres qu'il était possible de réussir.

Pour Franck Ribéry, l'histoire est toute autre. Il n'a rien de rebelle, il n'a même rien à prouver et n'est animé par aucun sentiment de revanche. au contraire, il cultive son statut de victime (son accident de voiture) mais également son humilité (l'épisode du pénalty le prouve).
Zidane lui est un vrai rebelle, au même titre que Canto ou Beckam, comme le prouve sa sortie.

Franck Ribéry il y a peu, jouait encore en D2. Son histoire n'est pas une revanche sur la vie, c'est un conte de fée comme il yen a suvent aux USA: un petit canard qui devient un cygne.

Comme le dit Jacques Bouveresse "On a l’impression qu’il n’y aura bientôt plus que les attardés et les naïfs pour se considérer comme tenu de respecter les règles." C'est pourquoi je pense que Franck Ribéry n'aura jamais la stature d'un bleu de 98. Il fera ce qu'il sait faire de mieux: du football.
Ce sera à n'en pas douter un très grand joueur, mais il restera discret, ne s'achètera probablement jamais 10 ferrari et ne jouera pas de son charisme pour décrocher des cachets publiciataires exceptionnels.

Je pense que le working class hero va continuer de disparaitre et que franck Ribéry est une exception, car le working class hero est un anti-rebelle. C'est pourquoi il ne déchaine pas les foules. A l'inverse, le rebelle qui lui déchaîne les foules, fait vendre et dont je parle dans mon dernier post (www.thinkblog.unblog.fr) n'a plus rien d'un révolté.

[+/-]  Le 12 février 2007 - 12:21 erenati cindy a dit :

ribery !!!!! donnne moi ton adresse msn stppppppppppppppppppp